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Séjours hôteliers réservés sur la plateforme Booking — comptoir d'accueil en marbre clair avec clés de chambre en laiton, carnet de voyage, valise cabine et logo officiel de la marque.
Consommation

Arnaques et faux hôtels : Bruxelles enquête sur Booking.com

La Commission européenne a ouvert le 21 octobre 2026 une enquête formelle contre Booking.com. Bruxelles soupçonne la plateforme de mal protéger les voyageurs contre les faux hébergements et les escroqueries sur sa messagerie. La plateforme encourt jusqu'à 1,61 milliard de dollars d'amende.

Par Éloïse Lefort5 min de lecture

Montage LaBanque.org — Booking.com / PD-textlogo, via Wikimedia Commons

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Trois griefs ciblés par la Commission européenne

Avant de régler un séjour réclamé dans le fil de discussion d'une réservation, les voyageurs européens doivent redoubler de prudence. La Commission européenne a engagé le 21 octobre 2026 une procédure formelle d'infraction contre Booking.com. Elle agit au titre du règlement sur les services numériques (Législation européenne (DSA) obligeant les grandes plateformes à lutter contre les contenus illicites, les fraudes et les publicités opaques.) (DSA, pour Digital Services Act). Cette procédure fait suite à deux demandes de renseignements envoyées les 23 septembre 2025 et 26 mai 2026.

Bruxelles instruit ce dossier avec l'Autorité néerlandaise pour les consommateurs et les marchés (ACM), régulateur des Pays-Bas où siège la filiale européenne. La procédure vise les articles 26, 34 et 35 du règlement européen. Elle porte à la fois sur la sécurité des paiements et sur la loyauté de l'affichage commercial.

« Les Européens doivent pouvoir réserver leurs vacances sans craindre d'être escroqués », a déclaré Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée de la Souveraineté technologique depuis décembre 2024. Un porte-parole de Booking.com a répondu que l'entreprise « coopère pleinement avec la Commission européenne ». Il ajoute que la société travaille avec les autorités contre la cybercriminalité.

Comment fonctionne le piège de la messagerie ?

La fraude la plus coûteuse pour les clients repose sur l'hameçonnage (Technique de fraude (phishing) consistant à usurper l'identité d'un tiers de confiance pour soutirer des données personnelles ou bancaires.) (phishing) directement intégré à la messagerie interne de l'application officielle. Les escrocs piratent d'abord les accès professionnels des hôteliers partenaires grâce à des courriels piégés ou des logiciels espions. Ils récupèrent ainsi les données exactes du séjour : identité du client, dates et prix convenu.

Les pirates écrivent ensuite au voyageur dans la conversation officielle de l'application en se faisant passer pour la réception de l'hôtel. Ils exigent une validation ou le paiement intégral sous 24 heures, sous peine d'annulation. Le lien fourni renvoie vers un faux formulaire qui dérobe les coordonnées de carte bancaire (Moyen de paiement rattaché à un compte permettant de régler des achats en ligne ou en magasin et d'effectuer des retraits.). Les pertes sèches vont de plusieurs centaines à plusieurs milliers d'euros par victime.

La Commission européenne vérifie si l'architecture de cette messagerie protège suffisamment les données des clients transmises aux hébergeurs. Un autre volet de l'enquête porte sur la présence de fausses propriétés, d'annonces frauduleuses et d'usurpations d'identité. Bruxelles évalue l'efficacité des outils déployés pour détecter et retirer rapidement ces offres fictives.

Contrôle de l'Union européenne sur les services de Booking — lettres typographiques bleu marine et points bleu clair de l'emblème officiel sur fond blanc.
Booking.com compte plus de 45 millions d'utilisateurs actifs mensuels dans l'Union européenne.Booking.com / PD-textlogo, via Wikimedia CommonsLicenceSource

Les annonces boostées assimilées à de la publicité

Au-delà des escroqueries, Bruxelles examine le modèle commercial qui détermine l'ordre d'apparition des logements. Sur une réservation de 1 000 €, un hôtelier verse habituellement 15 % à 18 % de commission (150 à 180 €). L'établissement peut toutefois payer plusieurs points supplémentaires pour remonter artificiellement en tête des résultats.

Aux yeux de la Commission européenne, ces annonces boostées (Offres d'hébergement remontées en tête des résultats de recherche en échange d'une commission supplémentaire versée à la plateforme.) relèvent de la publicité payante au sens de l'article 26 paragraphe 1 du DSA. Or, ces offres mises en avant contre rémunération ne sont pas clairement signalées comme des publicités aux internautes. Cette opacité pèse à la fois sur le droit de la consommation et sur la concurrence entre établissements.

Pour respecter la réglementation, la plateforme doit indiquer explicitement qu'un hébergement bénéficie d'un classement payant. L'internaute doit identifier qui finance ce référencement prioritaire. Il doit également pouvoir modifier lui-même les paramètres qui organisent ses résultats de recherche.

Une amende théorique jusqu'à 1,61 milliard de dollars

Booking.com relève de ces obligations renforcées depuis le 25 avril 2023. À cette date, Bruxelles l'a désignée comme très grande plateforme en ligne (Statut européen (VLOP) appliqué aux sites dépassant 45 millions d'utilisateurs mensuels dans l'UE, soumis à des règles de contrôle renforcées.) (VLOP, pour Very Large Online Platform). Ce statut s'applique aux services dépassant 45 millions d'utilisateurs actifs mensuels dans l'Union européenne et impose de corriger les risques systémiques.

Repères

  • Fondée en 1996 à Amsterdam par Geert-Jan Bruinsma et rachetée en 2005 par Priceline Group, Booking.com appartient au groupe américain Booking Holdings Inc. (coté au Nasdaq, basé à Norwalk).
  • Le groupe réunit Booking.com, Agoda, Priceline, Kayak et OpenTable. Son chiffre d'affaires mondial a atteint 26,92 milliards de dollars en 2025 (+13,4 %), contre 23,74 milliards de dollars en 2024.
  • En juillet 2024, l'autorité espagnole de la concurrence (CNMC) a infligé à Booking.com une amende de 413,24 millions d'euros pour abus de position dominante.

En cas d'infraction confirmée, la sanction maximale atteint 6 % du chiffre d'affaires annuel mondial consolidé de la maison mère. Sur la base des revenus 2025 de Booking Holdings, ce plafond représente jusqu'à 1,61 milliard de dollars, soit environ 1,5 milliard d'euros. Le préjudice global subi par les voyageurs européens piégés n'a pas encore été chiffré publiquement.

L'ouverture de cette procédure dessaisit automatiquement les autorités nationales des 27 États membres sur le contrôle de la transparence publicitaire. La Commission européenne va désormais recueillir des preuves supplémentaires par des auditions et des inspections, sans délai légal de clôture. L'instruction aboutira soit à des engagements correctifs contraignants de la plateforme, soit à une amende.

Pour aller plus loin

Sources

Dans le dossier « Concurrence »

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