La hausse du pétrole pèse moins sur l'inflation qu'en 2016
Une hausse de 10 € du baril relève aujourd'hui les prix de 0,3 à 0,4 % en France, contre environ 0,6 % en 2016. Selon la Banque de France, cette moindre sensibilité s'explique par le recul des achats de carburants et une production moins gourmande en brut.
Dans son Bloc-notes Éco n° 465 du 15 octobre 2026, la Banque de France réévalue l'impact inflationniste d'un renchérissement du pétrole. Ses auteurs, les économistes Nicolas Châtelais, Yannick Kalantzis et Youssef Ulgazi, décrivent « un choc toujours important, mais moins puissant qu'en 2016 ». Dans la zone euro, une hausse de 10 € du baril relève les prix de 0,4 à 0,5 %, contre environ 0,7 % en 2016.
Pour une hausse de 10 € du baril, l'effet total estimé sur les prix passe de 0,6 à 0,35 point en France et de 0,7 à 0,4 point dans la zone euro entre 2016 et 2025 (ordres de grandeur arrondis).LaBanque.org — données : Banque de France, Bloc-notes Éco 465Source
Moins de litres brûlés à la pompe et dans les cuves
La première courroie de transmission passe par l'effet direct (Répercussion immédiate des cours du brut sur le prix des carburants et du fioul achetés par les ménages.), qui mesure le renchérissement immédiat des carburants et du fioul achetés par les ménages. En France, sa contribution pour une hausse de 10 € du baril recule d'environ 0,4 point en 2016 à 0,25 point aujourd'hui. La Banque de France l'obtient en rapportant comptablement la facture énergétique supplémentaire à la consommation totale des ménages.
Le constat est similaire chez nos voisins européens. Dans la zone euro, l'effet direct passe d'environ 0,4 point en 2016 à un peu plus de 0,2 point en 2025. Les économistes utilisent ici un modèle économétrique reliant directement les prix des produits pétroliers aux cours du baril de Brent.
Ce repli découle avant tout de la baisse des volumes consommés. En France, les achats d'essence, de gazole et de fioul domestique ont fléchi de 57,8 à 51,7 milliards de litres entre 2016 et 2025. Ce recul de 6,1 milliards de litres représente une baisse d'environ 10,6 % en neuf ans. En zone euro, le poids des carburants dans l'indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH (Indice des prix à la consommation harmonisé, conçu pour comparer l'inflation selon une méthode commune en Europe.)) a reculé de 4,8 % à 4,1 %.
Une production moins gourmande en brut importé
« Une hausse du prix du pétrole se diffuse bien au-delà des carburants », rappellent les trois auteurs de l'étude. Ce second canal, appelé effet indirect (Diffusion du coût du pétrole aux prix des autres biens et services via la production et le transport.), reflète l'alourdissement des coûts de production et de transport des entreprises. Une partie de ce surcoût finit par se répercuter sur l'alimentation, les biens manufacturés et les services.
Or les biens et services du quotidien incorporent beaucoup moins d'or noir qu'il y a dix ans. Entre 2016 et 2025, le nombre de barils importés par milliard d'euros de consommation a chuté d'environ 39 % en France. Sur la même période, ce ratio a diminué de près de 35 % dans la zone euro.
Pour chiffrer cet effet indirect résiduel en 2025, la Banque de France croise deux méthodes. La borne basse mobilise les tableaux entrées-sorties (Tableaux statistiques retraçant les achats entre secteurs, utilisés pour répartir le pétrole importé selon ses usages finaux.) (les échanges entre secteurs) pour isoler le pétrole incorporé dans la consommation finale. La borne haute suppose à l'inverse que le surcoût des importations nettes se transmet intégralement aux prix.
Zone étudiée (2025)
Effet direct
Effet indirect (borne basse à haute)
Effet total (borne basse à haute)
France
0,25 point
0,06 à 0,11 point
0,31 à 0,36 point
Zone euro
> 0,2 point
0,17 à 0,24 point
0,38 à 0,45 point
Un ordre de grandeur hors effets salariaux
Ces résultats mesurent la réaction mécanique du niveau des prix à un choc constant de 10 €, et non une prévision d'inflation (Hausse générale et durable des prix à la consommation, qui réduit la valeur de la monnaie au fil du temps.) annuelle. Pour 10 000 € de consommation, cet ordre de grandeur macroéconomique représente un surcoût théorique de 30 à 40 € en France aujourd'hui. En 2016, un choc identique correspondait à environ 60 €, sans constituer pour autant une facture immédiate pour chaque ménage.
Le chiffrage de la banque centrale écarte par ailleurs tout effet de second tour (Hausses de salaires accordées après un choc de prix, susceptibles d'alimenter de nouvelles hausses ; exclues de l'estimation.). Ce mécanisme désigne les hausses de salaires accordées pour défendre le pouvoir d'achat (Quantité de biens et de services qu'un revenu permet d'acheter, compte tenu de l'évolution des prix.) après une poussée des prix, susceptibles d'entretenir l'inflation. L'étude ne précise pas non plus le délai exact de diffusion entre le marché du brut et les étiquettes en magasin.
Le transport routier reste le point de dépendance
Cet amortisseur structurel ne signifie pas que l'économie française s'est affranchie des hydrocarbures. Le Service des données et études statistiques (SDES) du ministère de la Transition écologique observe un périmètre plus large, couvrant tous les produits pétroliers raffinés. Selon ses données provisoires pour 2025, leur consommation réelle atteint 58,7 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep), soit 60,2 Mtep à climat corrigé.
Si cette demande globale diminue de 1,6 % par an en moyenne depuis 2005, les transports demeurent le premier débouché du pétrole. Les gains d'efficacité énergétique des véhicules compensent la hausse des déplacements, mais le renouvellement du parc routier reste graduel. En 2025, le gazole représente encore 70 % des carburants routiers consommés en France, contre 83 % en 2015.
Pour aller plus loin
Inflation — comprendre les règles et les démarches
La taxe foncière a augmenté de 93,4 % en moyenne entre 2005 et 2025 en France, soit 2,5 fois plus vite que l'inflation. Pour les propriétaires, la facture moyenne atteint désormais 635 € hors ordures ménagères, et 976 € dans les cinquante plus grandes villes.
L'indice de référence des loyers progresse de 1,57 % sur un an au troisième trimestre 2026, selon l'Insee. Ce nouveau plafond encadre la révision annuelle des baux d'habitation du parc privé indexés sur ce trimestre. Les logements classés F ou G restent toutefois exclus de toute hausse.
Les prix à la consommation augmentent de 3,1 % sur un an en septembre 2026 en France, au plus haut depuis janvier 2024. Portée par la flambée des carburants et du gaz, cette accélération fait repasser le rendement réel du Livret A et du LEP en territoire négatif.
Pour freiner la flambée du carburant, l'État mettra sur le marché dix millions de barils de gazole issus de ses réserves. Ce déstockage de trois mois vise une baisse de 12 à 18 centimes par litre à la pompe dès le 1er novembre 2026. L'économie atteindra 6 à 9 euros sur un plein de 50 litres.
Le gouvernement va libérer dix millions de barils des réserves d'État pour faire baisser le gazole de 12 à 18 centimes par litre dès novembre 2026. Cette mesure temporaire de trois mois vise à alléger le plein des automobilistes d'environ dix euros, sans toucher aux tarifs des essences.
Selon l'estimation provisoire de l'Insee, l'inflation atteint 3,0 % sur un an en France en septembre 2026, après 2,4 % en août. Cette poussée, la plus forte depuis février 2024, provient principalement d'une flambée des prix de l'énergie et des produits frais.