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Bilan financier des start-up françaises — campus d'entreprises innovantes sous une vaste verrière industrielle, postes de travail partagés et équipes au travail en lumière matinale.
Consommation

Start-up françaises : les ventes montent, la trésorerie se tend

La Banque de France publie son bilan annuel sur la situation financière de 2 640 start-up françaises en 2025. Malgré une hausse de 11,6 % de leur chiffre d'affaires, leurs réserves de trésorerie reculent dans un contexte de levées de fonds plus rares. Un redressement opérationnel réel, mais exigeant.

Par Éloïse Lefort5 min de lecture
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À retenir

  • 3,29 milliards d'euros : le déficit d'exploitation cumulé recule de 9,2 % sur un an, marquant une réduction continue des pertes.
  • 57 jours : la trésorerie (Liquidités immédiatement disponibles sur les comptes bancaires d'une société pour régler ses dépenses quotidiennes et salaires.) médiane exprimée en jours de chiffre d'affaires baisse par rapport aux 69 jours constatés en 2024.
  • 120 872 salariés : les effectifs globaux progressent de 2,2 %, soit 2 562 créations nettes d'emplois sur l'exercice.

Une activité en hausse et des pertes réduites

L'exercice 2025 marque une progression commerciale notable pour l'écosystème innovant. Le chiffre d'affaires cumulé des 2 640 entreprises étudiées atteint 29,7 milliards d'euros, contre 26,6 milliards en 2024, soit un bond de 11,6 %. Les exportations progressent de 13,8 % pour s'établir à 8,5 milliards d'euros, contre 7,5 milliards un an plus tôt. Ces ventes internationales représentent désormais 28,7 % de l'activité globale.

La création de richesse s'accélère également sur l'exercice. La valeur ajoutée (Richesse brute créée par l'entreprise, calculée en retirant de sa production le coût des biens et services consommés auprès de tiers.) augmente de 16,2 % pour atteindre 9,3 milliards d'euros, soit 31,3 % du chiffre d'affaires contre 30,1 % en 2024. Dans le même temps, la dynamique sur l'emploi (Activité professionnelle rémunérée exercée par les salariés au sein des entreprises et organisations d'un pays.) reste positive. Les effectifs progressent de 2,2 % pour totaliser 120 872 salariés, ce qui représente 2 562 emplois créés en un an.

Sur le plan de la rentabilité, la trajectoire s'améliore progressivement. Le déficit d'exploitation cumulé recule de 9,2 % sur un an, passant de 3,62 à 3,29 milliards d'euros, soit 330 millions de pertes en moins. La proportion d'entreprises dégageant un résultat d'exploitation (Différence entre les produits et les charges liés à l'activité courante de l'entreprise, avant prise en compte des éléments financiers et exceptionnels.) positif monte à 39,8 %, contre 37,5 % en 2024. Cependant, 60,2 % des sociétés analysées demeurent déficitaires sur leur activité courante.

Pertes des start-up rapportées à leur chiffre d'affaires, de 2022 à 2025 : baisse ininterrompue de 21,3 % à 12,3 %, marquant une amélioration continue de la rentabilité.
Part des pertes nettes de l'exercice dans le chiffre d'affaires cumulé des entreprises étudiées entre 2022 et 2025.LaBanque.org — données : Banque de France – base FIBENSource

Les start-up sont-elles tirées d'affaire ?

Non, car l'amélioration des ventes masque une vulnérabilité financière grandissante sur les liquidités. La trésorerie cumulée des entreprises étudiées s'est contractée de 3,9 % en 2025, pour redescendre à 11,1 milliards d'euros. Exprimée en jours d'activité, la trésorerie médiane chute de 69 jours en 2024 à 57 jours en 2025. Cette baisse réduit la marge de manœuvre des dirigeants face aux aléas économiques.

Cette pression sur les liquidités intervient dans un climat d'investissement plus sélectif. D'après le baromètre EY cité par l'institution, chaque levée de fonds (Opération financière par laquelle une jeune société ouvre son capital à des investisseurs extérieurs en échange de ressources financières nouvelles.) devient plus difficile à concrétiser. Les volumes investis en France ont reculé de 5 % en 2025 à 7,4 milliards d'euros, pour 618 opérations (-15 %). Le financement des entreprises (Ensemble des ressources financières mobilisées par une société, incluant capitaux propres, dettes bancaires et obligations, pour financer son cycle d'activité.) innovantes par apport de capitaux ralentit ainsi nettement.

Pour combler leurs besoins de trésorerie, 86,6 % des structures recourent à la dette bancaire (+0,2 % à 5,9 milliards d'euros). Son poids recule de 22,1 % à 19,9 % du chiffre d'affaires grâce aux ventes. En parallèle, les emprunts obligataires bondissent de 29,4 % pour atteindre 1,85 milliard d'euros. Cette ressource ne concerne toutefois que 272 entreprises et fait office de financement relais.

Catégorie d'entreprisesCroissance du chiffre d'affaires en 2025Trésorerie médiane (jours d'activité)
Start-up étudiées+11,6 %57 jours
PME hors microentreprises+1,5 %50 jours
Entreprises de taille intermédiaire (ETI)+1,2 %52 jours

Le cas particulier des jeunes pousses deeptech

Les chiffres globaux dissimulent des disparités sectorielles très nettes, à commencer par l'univers deeptech (Entreprise innovante développant des produits fondés sur des ruptures scientifiques majeures, impliquant des cycles de recherche longs et coûteux.). Ce sous-ensemble regroupe 271 entreprises fondées sur des ruptures technologiques ou scientifiques majeures. Leur chiffre d'affaires progresse de 8,4 % pour atteindre 2,36 milliards d'euros. Leur valeur ajoutée s'envole en parallèle de 37,5 %, atteignant 504 millions d'euros.

Cette progression d'activité ne débouche pas encore sur un équilibre opérationnel. Près de trois quarts de ces sociétés, soit 73,8 %, affichent un résultat d'exploitation négatif en 2025. Leur déficit cumulé atteint 1,16 milliard d'euros sur l'exercice. Leurs cycles de développement, de certification industrielle et de mise sur le marché exigent des années d'investissements préalables.

Ce modèle capitalistique rend ces acteurs particulièrement sensibles aux conditions de marché. Sans rentabilité immédiate et avec des réserves en recul, les phases de transition financière deviennent risquées. Le tassement des investissements pénalise directement ces projets longs. Contrairement aux services numériques, ces sociétés ne peuvent pas réduire facilement leurs dépenses technologiques.

Un échantillon ciblé sur les projets matures

Pour interpréter ces données, il convient d'en cerner les frontières méthodologiques. Le mot start-up (Jeune entreprise innovante à fort potentiel de croissance, dont le modèle économique nécessite souvent des financements externes pour se développer.) ne correspond à aucune catégorie juridique ou statistique officielle en France. La Banque de France a extrait son panel à partir du fichier FIBEN (Fichier bancaire des entreprises géré par la Banque de France, qui centralise les données comptables et financières des sociétés françaises.). Elle a retenu 2 640 structures disposant de comptes complets en 2024 et 2025, sur 6 300 entreprises innovantes recensées.

Pour figurer dans cette sélection cylindrée, des seuils financiers précis s'appliquaient. Chaque entreprise devait réaliser plus de 750 000 euros de ventes ou avoir levé plus de 3 millions d'euros. Ces critères écartent les projets tout juste créés pour ne retenir que les sociétés établies. L'étude montre donc l'état des jeunes pousses les plus solides.

Cette solidité n'élimine pas toutes les défaillances. Parmi les 2 165 structures suivies lors de l'édition précédente, 51 start-up ont connu un redressement ou une liquidation judiciaire en 2025. Même si les évolutions de périmètre invitent à la prudence dans les comparaisons, ce constat confirme le changement de climat : la pérennité dépend désormais de la capacité à dégager une rentabilité opérationnelle, et non plus de l'accès à un capital abondant.

Sources

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