Aller au contenu principal
Contre-budget du Rassemblement national — pupitre de conférence, microphones, dossiers fermés et logo officiel du parti sur le mur d’une salle de presse française.
Fiscalité

Le Rassemblement national promet 140 milliards d’économies nettes

Le Rassemblement national a présenté le 6 octobre 2026 son contre-budget 2027, sans effet juridique immédiat. Il vise 140 milliards d’euros nets d’économies en 2032. Le programme annonce aussi 30 milliards d’euros nets de baisses d’impôts et 15 milliards de dépenses provisionnées pour de nouveaux droits.

Par Paul Vidal6 min de lecture

Montage LaBanque.org

Partager

Une cible nette, pas une économie votée

Le 6 octobre 2026, le Rassemblement national (RN) a relevé son objectif à 140 milliards d’euros nets d’économies en 2032. Il évoquait 125 milliards fin août. Le RN présente cette cible comme un solde qui tient compte des baisses d’impôts et des dépenses nouvelles. Cette économie nette (Solde affiché après prise en compte des baisses d’impôts et des dépenses nouvelles.) ne correspond donc pas à 140 milliards de coupes déjà réalisées.

Le RN annonce aussi 30 milliards d’euros nets de baisses d’impôts sur le quinquennat et 15 milliards d’euros de dépenses provisionnées pour de nouveaux droits. Le dossier public ne permet pas de vérifier entièrement l’articulation comptable de ces montants ni les hypothèses économiques qui les soutiennent.

L’État concentre les principaux leviers

« La mère des réformes est la réorganisation de l’État », a déclaré la candidate du RN à la présidentielle, Marine Le Pen, lors de la présentation. La formule place la réorganisation de l’État et des administrations au centre de la trajectoire annoncée.

Selon le RN, la priorité nationale (Principe qui réserve ou conditionne certains droits selon la nationalité ou des critères renforcés.) et la reprise en main de l’immigration rapporteraient 15 milliards d’euros la première année. Le rendement atteindrait 29 milliards en année pleine. Dans ce programme, la priorité nationale conditionne certains droits à la nationalité ou à des critères renforcés.

Le volet administratif vise les agences, certains organismes publics et les collectivités. Selon les calculs du RN, les économies liées à la suppression d’agences et d’opérateurs atteindraient 3,4 milliards d’euros dès 2027, puis plus de 10 milliards en 2031. Le député RN Jean-Philippe Tanguy évoque au moins 200 000 postes en moins sur cinq ans. Le parti parle de réaffectations et de non-remplacements, pas nécessairement de licenciements.

Selon le RN, une réduction de la contribution française au budget de l’Union européenne rapporterait 8,9 milliards d’euros nets. Sa mise en œuvre supposerait un accord avec les États membres. Pour les retraites, Marine Le Pen annonce 15 à 20 milliards d’euros d’économies à terme, avec un âge légal à 62 ans, voire 60 ans.

Le RN prévoit enfin un pilier de capitalisation (Épargne investie pour compléter une retraite financée par les cotisations.), c’est-à-dire une épargne investie pour compléter la retraite financée par les cotisations. Le détail de ce dispositif et son rendement ne sont pas encore documentés dans le dossier.

Quels ménages seraient concernés ?

Les annonces ne ciblent pas les mêmes ménages. Les acheteurs des produits visés et les moins de 30 ans sous le plafond annoncé seraient les premiers concernés. Les automobilistes le seraient si la baisse d’accise (Taxe indirecte sur l’énergie, intégrée au prix des carburants.) était adoptée. Ces mesures passent par la fiscalité (Ensemble des impôts et taxes qui financent les dépenses publiques.) et l’énergie, avec des effets différents selon le dispositif.

Le RN propose une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) à taux zéro. Cette TVA à taux zéro (Vente sans TVA au consommateur, avec maintien possible de la déduction de la taxe payée en amont.) ne serait pas prélevée au moment de l’achat et concernerait 100 produits de première nécessité. Il annonce un gain d’environ 100 euros par an pour les consommateurs.

Le parti veut aussi exonérer d’impôt sur le revenu les moins de 30 ans, jusqu’à quatre fois le salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC). Le coût de cette mesure et le nombre de bénéficiaires ne sont pas précisés.

L’énergie relève d’un dispositif distinct. Un amendement déposé le 4 octobre pour le projet de loi de finances (PLF (Projet de loi de finances, texte annuel qui fixe les recettes et les dépenses de l’État.)) 2027 propose de ramener l’accise des carburants au niveau de 2017. Son exposé estime la baisse à 9,2 centimes par litre de gazole et à 4,7 centimes pour l’essence.

L’accise est une taxe indirecte intégrée au prix des carburants. Le même amendement reprend une TVA à 5,5 % sur les carburants et le fioul. Or le droit européen interdit un taux inférieur à 15 % pour ces produits. L’électricité et le gaz peuvent, eux, bénéficier d’un taux réduit.

Exemple

Pour un plein de 50 litres, les gains annoncés représentent environ 5 € sur le gazole et environ 2 € sur l’essence. Le calcul arrondit les montants obtenus à partir du gain annoncé par litre ; il ne préjuge pas du vote de l’amendement.

Ces annonces de pouvoir d’achat restent donc conditionnelles. Elles changeraient la fiscalité de certains ménages seulement après l’adoption de textes et leur mise en œuvre.

Le budget de l’État suit son propre calendrier

Le contre-budget du RN est un programme de campagne. Il ne modifie pas le budget de l’État (Prévision annuelle des recettes et des dépenses de l’État, autorisée par le Parlement.) et n’ouvre aucun droit à ce stade.

Le PLF 2027 examiné par le Parlement suit le calendrier du gouvernement. Sa première partie doit être étudiée en commission du 7 au 9 octobre. Les débats en séance sont prévus du 13 au 19 octobre, avec un vote solennel le 20 octobre. Le vote sur l’ensemble du texte est prévu le 17 novembre.

La trajectoire du RN vise l’équilibre du solde primaire (Solde des recettes et dépenses publiques avant le paiement des intérêts de la dette.) en 18 mois. Le solde primaire compare les recettes et les dépenses publiques hors intérêts de la dette. Le parti promet aussi un déficit inférieur à 3 % du produit intérieur brut (PIB) en 2030 et une dette publique (Accumulation des emprunts des administrations publiques, à rembourser avec leurs intérêts.) à 112 % du PIB.

Dans l’avis du Haut Conseil des finances publiques, la prévision officielle retient un déficit de 164,9 milliards d’euros en 2026 et de 158,1 milliards en 2027, soit 5,0 % du PIB en 2027.

Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, conteste la trajectoire et rapporte une hypothèse de croissance de 1,8 % par an pendant cinq ans. L’absence de document macroéconomique complet laisse le chiffrage dépendant des lois adoptées, de leur application, des négociations européennes et de la croissance.

Pour aller plus loin

Sources

Dans le dossier « Dette publique »

Tout voir →
Dette française face au coût des taux — entrée néoclassique parisienne en pierre et métal, vitrage sécurisé et logo officiel de la Banque de France en haut à droite.

Emmanuel Moulin alerte sur le coût progressif de la dette

Emmanuel Moulin avertit que la hausse des taux peut alourdir les finances publiques françaises. Le projet de budget 2027 prévoit une charge d’intérêts de 91,2 milliards d’euros, contre 79,2 milliards en 2026. La demande reste toutefois supérieure à l’offre lors des émissions.

Alerte de la Banque de France sur la dette publique — façade en pierre de taille de l'Hôtel de Toulouse à Paris et grilles en fer forgé sous une lumière d'automne, logo officiel en incrustation.

Dette publique : la Banque de France alerte sur les taux

Dans un entretien au Financial Times, Emmanuel Moulin lance une mise en garde inédite. Le gouverneur de la Banque de France craint un étranglement de l'économie par la hausse des taux. Avec un rendement à dix ans à 4,86 %, la facture d'intérêts dépassera 91 milliards d'euros en 2027.

Chute de Schneider en Bourse — armoires d'automatismes industriels ouvertes avec câblages soignés et bras robotisés en usine, logo officiel en bas à droite.

Le CAC 40 cède 1 %, freiné par la chute de Schneider Electric

Le 5 octobre 2026, l'indice CAC 40 recule de 1,04 % en milieu de matinée. La place parisienne subit le plongeon de 10 % de Schneider Electric après l'annonce d'un rachat record aux États-Unis. En parallèle, la hausse des taux de la dette publique française pèse sur l'ensemble de la cote.

Sur le même thème

Tout voir →
Budget 2027 et trajectoire des finances publiques — bâtiment ministériel de Bercy vu depuis une salle de réunion avec dossiers administratifs sur une table au petit matin.

Budget 2027 : l’exécutif vise 54 milliards d’euros d’économies

Le gouvernement présente ce jeudi 1er octobre ses projets de budget pour 2027 en Conseil des ministres. L’exécutif affiche un effort de 54 milliards d’euros pour ramener le déficit public à 5 % du PIB. Ce calendrier ouvre les débats parlementaires sans modifier vos démarches quotidiennes dans l’immédiat.

Projet de budget 2027 et rabotage fiscal — façade du ministère de l'Économie et des Finances à Bercy au bord de la Seine sous un ciel matinal.

Budget 2027 : le gouvernement cible plusieurs niches fiscales

Pour trouver 9 milliards d'euros de recettes sans augmenter les taux d'imposition en 2027, le gouvernement prévoit de raboter plusieurs dérogations fiscales et sociales. Les retraités aisés, les indemnités d'arrêts maladie et les allègements patronaux supporteront l'essentiel de cet effort.