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Prévision de croissance française et avis du Haut Conseil — façade classique en pierre de taille du Palais Cambon, porche d'honneur et drapeau tricolore à Paris sous une lumière d'automne.
Fiscalité

Le Haut Conseil juge le 0,5 % de croissance difficile à tenir

Dans son avis rendu public le 4 novembre 2026, le Haut Conseil des finances publiques juge que 0,5 % de croissance n'est plus une prévision centrale. Une prévision de 0,3 % lui paraît plus vraisemblable. Le déficit public glisserait de 5,4 % à 5,5 % du PIB sous le seul effet des intérêts indexés.

Par Paul Vidal4 min de lecture
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Un trimestre à 0,9 % pour finir à 0,5 %

L'avis n° HCFP-2026-6 du Haut Conseil des finances publiques (Organisme indépendant placé auprès de la Cour des comptes. Il juge si les prévisions du gouvernement sont réalistes.) a été signé le 2 novembre 2026 et mis en ligne le 4. Il porte sur le projet de loi de finances de fin de gestion (Texte de fin d'année qui ajuste le budget déjà en cours, distinct du budget de l'année suivante.) pour 2026, qui ajuste le budget en cours d'exécution. Placé auprès de la Cour des comptes, l'organisme indépendant évalue le réalisme des prévisions gouvernementales.

L'acquis de croissance (Croissance de l'année si l'activité restait, jusqu'au 31 décembre, au niveau du dernier trimestre déjà publié.) pour 2026 plafonne à 0,2 %. Ce chiffre suit le repli du produit intérieur brut (PIB) de 0,1 % mesuré au troisième trimestre par l'Insee.

Pour atteindre l'objectif officiel de 0,5 %, l'activité devrait rebondir de 0,9 % au seul quatrième trimestre. Une trajectoire à 0,3 % n'exigerait en revanche qu'une hausse trimestrielle de 0,1 % à 0,5 %. Cette estimation suppose que les trimestres écoulés ne fassent pas l'objet de révisions majeures.

Ces prévisions reposent sur la croissance corrigée des jours ouvrables (Mesure du PIB qui neutralise le nombre de jours travaillés. C'est celle retenue dans le scénario du gouvernement.), référence du scénario gouvernemental. La croissance brute calculée dans les comptes annuels serait supérieure d'environ 0,1 point. Dans son avis, le Haut Conseil conclut qu'une progression annuelle de 0,3 % « serait plus vraisemblable ».

Le décrochage touche particulièrement l'investissement des ménages. Son acquis s'enfonce à -2,0 % à l'issue du troisième trimestre. L'exécutif espérait limiter ce repli à 0,7 %, une cible jugée hors de portée.

Des hypothèses arrêtées le 24 août

Le gouvernement a saisi le Haut Conseil le 27 octobre, trois jours avant la publication de l'Insee. Il a reconduit le cadrage du budget 2027, qui table sur 0,5 % de croissance et 2,1 % d'inflation moyenne. Lors de la loi de finances initiale, ces prévisions atteignaient 1,0 % et 1,3 %. Les paramètres de marché restent figés au 24 août.

HypothèseScénario du 24 aoûtConstat de fin octobre
Pétrole BrentRepli vers 90 dollars le barilEnviron 115 dollars le baril
GazStabilité sous 70 euros le mégawattheureEnviron 100 euros le mégawattheure
Taux d'intérêt à dix ans4,2 % en fin d'annéeEnviron 4,9 %

Sur un an, l'inflation a atteint 3,4 % en octobre selon l'Insee, au-delà de l'estimation gouvernementale de 3,3 %. Le Haut Conseil estime que la prévision annuelle de 2,1 % reste trop basse de un à deux dixièmes.

Dans ce scénario, le pouvoir d'achat (Quantité de biens et de services qu'un revenu permet d'acheter une fois l'évolution des prix prise en compte.) du revenu disponible des ménages stagne à 0,0 % en 2026. Il avait reculé de 0,4 % en 2025.

L'exécutif affirme dans sa saisine que les données récentes « ne justifient pas de réviser le scénario macroéconomique pour 2026 ». L'instance budgétaire rétorque que la croissance et l'inflation « ne correspondent plus à une prévision centrale ». Jugé plausible le 25 septembre, ce cadrage apparaît décalé par rapport au consensus des économistes, fixé à 0,4 % dès la mi-octobre.

Que devient le déficit de 5,4 % ?

Le déficit public reste affiché à 5,4 % du PIB, soit 166 milliards d'euros. Avant arrondi, le solde s'établit en réalité à 5,44 points de PIB. Ce niveau dépasse de 0,4 point la cible de la loi de finances initiale et aggrave de 0,3 point le déficit de 2025 (5,1 %).

Objectif de croissance et maintien de la cible de déficit — portrait de Roland Lescure, ministre de l'Économie, en costume sombre et chemise claire.
Roland Lescure, ministre de l'Économie, a maintenu le déficit à 5,4 % du PIB le 4 novembre 2026.Actu44 / CC BY 4.0, via Wikimedia CommonsLicenceSource

Roland Lescure, ministre de l'Économie, a maintenu cette prévision le 4 novembre lors de la présentation du texte. Il a estimé que « les mauvaises nouvelles macroéconomiques n'affectent que très peu la prévision de finances publiques pour 2026, qui est à ce stade de l'année très largement construite à l'aide des remontées comptables ».

Un surcoût d'environ 0,7 milliard d'euros menace pourtant ce solde sur la dette émise sous forme d'obligation indexée (Dette dont le capital suit l'inflation. Quand les prix montent, la charge inscrite dans le déficit augmente.). Ce surcroît d'intérêts, provoqué par l'inflation d'octobre, suffirait à faire basculer le déficit affiché de 5,4 % à 5,5 % du PIB.

La dette publique (Ensemble des emprunts des administrations publiques. On le compare en général à la richesse produite dans l'année.) progresserait ainsi de 3,7 points de PIB sur un an, pour atteindre 119,4 %. La charge d'intérêts grimperait de 2,2 % à 2,7 % du PIB. Le taux d'intérêt (Pourcentage qui rémunère un emprunt. Plus il est élevé, plus la dette coûte cher à financer.) à dix ans avoisine 4,9 % fin octobre.

Les dépenses nettes (Dépenses publiques hors intérêts et hors chômage lié à la conjoncture, corrigées des hausses ou baisses d'impôts.) progresseraient de 1,4 % en 2026. Ce rythme dépasse le plafond de 1,2 % fixé par le Conseil de l'Union européenne. Le dérapage représente 2,7 milliards d'euros par rapport à la programmation initiale.

Ce dépassement reste sous le seuil d'une procédure européenne formelle. Il entame néanmoins la marge de manœuvre budgétaire et pèse déjà sur la trajectoire de 2027.

Pour aller plus loin

Sources

Dans le dossier « Dette publique »

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