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Validation des trimestres de retraite — bulletin de paie imprimé aux lignes floutées, calculatrice de bureau, carnet ouvert et lunettes sur un établi d'atelier en chêne.
Fiscalité

Retraite : Bardella veut durcir la validation des trimestres

Dans Gouverner, paru ce 4 novembre, Jordan Bardella veut relever le revenu qui valide un trimestre de retraite. En 2026, 1 803 € bruts suffisent au régime général. Le futur seuil n'est pas chiffré, et les années très partielles seraient les premières exposées.

Par Paul Vidal5 min de lecture
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Une piste pour 2027, sans seuil chiffré

Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), publie ce 4 novembre Gouverner chez Fayard. Il y esquisse son projet pour 2027 : allonger la « durée de cotisation effective », plutôt que reculer l'âge légal. Aucun texte n'est déposé. Marine Le Pen, candidate à la présidentielle, a annoncé qu'elle détaillerait sa réforme le 17 novembre 2026.

Il observe que « quatre trimestres peuvent être validés sans avoir travaillé douze mois dans l'année ». Il veut « rapprocher la validation des trimestres de la réalité du travail et des cotisations versées ». Une annuité (Quatre trimestres de retraite. Quarante annuités font 160 trimestres, 42 en font 168 et 43 en font 172.) vaut quatre trimestres. Le projet vise 40 à 42 annuités, soit 160 à 168 trimestres, et un âge légal entre 60 et 62 ans.

Pour les personnes nées en 1964, l'âge d'ouverture est de 62 ans et 9 mois, avec 170 trimestres. Depuis la génération 1966, il en faut 172, soit 43 ans. Le maximum affiché par le RN, 168 trimestres, est donc plus court que ces deux durées.

L'âge légal monte à 64 ans pour les naissances à partir de 1969. Le taux plein (Taux de 50 % appliqué au salaire annuel moyen pour la pension de base, si la durée exigée est réunie ou à 67 ans.) automatique reste à 67 ans. Le durcissement vise autre chose : valider moins de trimestres dans l'année.

Comment se valide un trimestre en 2026

Au régime général, un trimestre cotisé (Tranche de revenu brut soumis à cotisation vieillesse, et non un quart d'année travaillé. En 2026, 1 803 € valident un trimestre.) ne mesure pas trois mois passés en entreprise. Il suit le revenu brut de l'année soumis aux cotisations sociales (Prélèvements sur les revenus du travail qui financent la protection sociale, dont l'assurance vieillesse.) vieillesse. Le nombre de mois travaillés n'entre pas dans ce calcul.

Depuis 2014, le seuil d'un trimestre correspond à 150 heures de Smic (Salaire minimum interprofessionnel de croissance. Depuis le 1er juin 2026, il est de 12,31 € bruts de l'heure en métropole.) horaire brut au 1er janvier. En 2026, il est de 1 803 €. Quatre trimestres demandent 7 212 € dans l'année. La hausse du Smic au 1er juin ne change pas ce barème.

Un haut salaire ne boucle pas l'année en quatre semaines. Les cotisations d'un mois sont retenues dans la limite du plafond mensuel de la Sécurité sociale (Salaire mensuel maximum retenu pour certaines cotisations. En 2026, il est de 4 005 € et limite un mois à deux trimestres.), 4 005 € bruts en 2026. Ce plafond ne laisse passer que deux trimestres par mois. Il faut donc au moins deux mois pour en valider quatre.

L'année du départ fait exception. Le décompte s'arrête au dernier jour du trimestre civil qui précède le départ. Un départ au 1er septembre s'arrête au 30 juin : deux trimestres au maximum, même si le salaire en validerait quatre.

Qui serait touché si le seuil monte ?

Le livre ne fixe aucun nouveau montant, et la perte ne se chiffre pas. Un temps plein au Smic reste très au-dessus du seuil d'aujourd'hui.

Depuis le 1er juin 2026, le Smic brut est de 12,31 € de l'heure en métropole, soit 1 867,02 € par mois pour 35 heures. L'année complète atteint 22 404,20 €, un peu plus de trois fois les 7 212 € des quatre trimestres. Un mi-temps toute l'année, 11 202,10 €, dépasse encore ce seuil.

Exemple

  • 4 mois au Smic de juin 2026 : 7 468,08 € bruts, au-dessus des 7 212 €, soit 4 trimestres.
  • 3 mois au Smic : 5 601,06 € bruts, soit 3 trimestres, le seuil étant de 5 409 €.
  • 20 % du Smic sur l'année : environ 4 481 € bruts, soit 2 trimestres, le seuil étant de 3 606 €.
  • Moins de 601 € bruts par mois en moyenne : il manque déjà au moins un trimestre.

Les années déjà sous 7 212 € sont les premières exposées. Un temps plein au Smic ne perdrait un trimestre que si ce seuil dépassait 22 404,20 €.

Il propose de « renforcer progressivement les conditions de validation d'un trimestre ». Il prévoit des exceptions pour « préserver les périodes liées à la maternité, à la maladie, au handicap ou aux accidents de la vie ». Un trimestre assimilé (Trimestre validé sans salaire cotisé, par exemple pour 60 jours de maladie indemnisés ou 90 jours de maternité.) existe déjà : 60 jours indemnisés pour la maladie, 90 jours pour la maternité.

Il veut aussi « maintenir les facilités de départ pour les carrières longues ». Le livre ne dit pas comment ce départ anticipé tiendrait, alors qu'il dépend de trimestres cotisés.

Partir plus tôt ne donne pas le taux plein

Ouvrir le droit à 60 ou 62 ans ne donne pas une pension à taux plein. Avant 67 ans, il faut toute la durée d'assurance (Somme des trimestres cotisés, assimilés et accordés. Avec l'âge de départ, elle décide si la pension de base est à taux plein.) exigée. Sans elle, la pension de base subit une décote (Baisse de 0,625 point du taux de 50 % par trimestre manquant, si l'on part avant 67 ans sans la durée exigée.).

« Je ne promets pas à tout le monde de partir à la retraite (Pension versée après la vie active, financée en France surtout par les cotisations prélevées sur les revenus du travail.) pleine à 60 ans », a déclaré Marine Le Pen le 15 octobre 2026.

Le 7 octobre 2026, Jean-Philippe Tanguy, président délégué du groupe RN à l'Assemblée, prenait un exemple. « Si vous avez commencé à travailler à 24 ans, pour avoir votre taux plein, il faudra travailler 42 ans, comme dans le système actuel d'ailleurs. » Il ajoute qu'il faudra alors aller jusqu'à 66 ans. Le taux plein automatique, dit-il, ne bouge pas et reste à 67 ans.

Chaque trimestre manquant retire 0,625 point au taux de 50 %. On retient le plus petit écart : trimestres qui manquent, ou distance qui reste jusqu'à 67 ans. Ce nombre est arrondi au trimestre supérieur, dans la limite de 20.

Quatre trimestres retenus font passer le taux à 47,5 %. Ce taux s'applique au salaire moyen des 25 meilleures années, en proportion des trimestres validés dans le régime.

Pour aller plus loin

Sources

Dans le dossier « Retraite »

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