Retraites Agirc-Arrco : pourquoi la hausse plafonne à 1,4 %
Depuis le 1er novembre 2026, les retraites complémentaires Agirc-Arrco augmentent de 1,4 % pour 14 millions d'anciens salariés du privé. Le virement revalorisé part le lundi 2 novembre, après un an de gel. Ce taux reste sous l'inflation de 2 % pour respecter l'évolution des salaires.
Votée le 14 octobre 2026 par le conseil d'administration de l'Agirc-Arrco, cette revalorisation porte la valeur de service du point (Montant en euros attribué à chaque point acquis durant la carrière pour calculer la pension annuelle brute versée au retraité.) de 1,4386 € à 1,4587 €. Ce barème restait figé depuis novembre 2024, faute d'accord entre syndicats et patronat en octobre 2025.
Le 1er novembre tombant un dimanche férié, l'ordre de paiement est exécuté le lundi 2 novembre 2026, premier jour ouvré du mois. Aucune démarche n'est demandée aux 14 millions de retraités concernés. Selon l'établissement bancaire, le virement apparaît sur le compte courant dans un délai d'un à trois jours ouvrés.
De 1 % en 2019 à 1,4 % en 2026, le taux de revalorisation annuel Agirc-Arrco a culminé à 5,12 % en 2022 et 4,9 % en 2023, avec deux gels à 0 % en 2020 et 2025.LaBanque.org — données : Agirc-Arrco / SPAC ActuairesSource
Un calcul encadré par l'inflation et les salaires
L'augmentation de 1,4 % découle de la formule fixée par l'accord national interprofessionnel (ANI) du 5 octobre 2023 pour la période 2024-2026. La base de calcul part de l'inflation (Hausse générale et durable des prix à la consommation, qui réduit la valeur réelle de la monnaie.) hors tabac estimée par l'Insee pour 2026, soit 2,0 %. Ce chiffre est automatiquement réduit d'un facteur de soutenabilité de 0,4 point, ce qui établit le taux de référence à 1,6 %.
Le conseil d'administration peut ensuite ajuster ce taux de plus ou moins 0,4 point, sous un plafond strict. L'accord interdit en effet de dépasser la hausse prévisionnelle du salaire moyen par tête (Indicateur mesurant l'évolution de la rémunération brute moyenne par salarié, qui plafonne la hausse annuelle des pensions Agirc-Arrco.), attendue à +1,9 % en 2026. « L’évolution des retraites ne doit jamais être supérieure à celle des salaires », rappelle François-Xavier Selleret, directeur général de l'Agirc-Arrco, le 1er novembre 2026.
Dans ce tunnel de 1,2 % à 1,9 %, les syndicats réclamaient le plafond de 1,9 % pour compenser le gel de 2025. Le patronat (Medef, CPME/Les Entrepreneurs, U2P) et trois syndicats sur cinq (CFDT, FO, CFTC) ont finalement validé 1,4 %. La CGT a voté contre ce texte et la CFE-CGC s'est abstenue.
Ce compromis évite une seconde année consécutive sans hausse du pouvoir d'achat (Quantité de biens et de services qu'un revenu permet d'acheter, compte tenu de l'évolution des prix.) des pensionnés. « On aurait aimé une revalorisation plus importante. Mais on a agi en responsabilité pour revaloriser les pensions des retraités avec une augmentation certaine et immédiate », souligne Fabien Guimbretière, secrétaire national de la CFDT chargé des retraites.
Combien gagnerez-vous réellement chaque mois ?
Sur l'ensemble de votre retraite (Pension versée à un ancien actif après la cessation de son activité professionnelle, composée d'une part de base et d'une part complémentaire.) mensuelle, le gain réel oscille entre +0,47 % et +0,70 % selon votre ancien statut professionnel. La hausse de 1,4 % porte uniquement sur la part complémentaire Agirc-Arrco, sans modifier la pension de base. Or cette retraite complémentaire représente en moyenne un tiers de la pension globale d'un non-cadre, contre la moitié pour un cadre.
Pour 5 000 points Agirc-Arrco, la pension complémentaire annuelle brute passe de 7 193 € à 7 293,50 €. Cela représente un supplément brut de 100,50 € par an, soit environ 8,40 € par mois. Le tableau ci-dessous détaille le gain net indicatif pour trois niveaux de pension totale :
Pension totale nette
Part de base / Part Agirc-Arrco
Gain mensuel net
Gain annuel net
Hausse sur le total
1 500 €
1 000 € / 500 €
+7 € (507 €)
+84 €
+0,47 %
2 000 €
1 140 € / 860 €
+12 € (872 €)
+144 €
+0,60 %
3 000 € (cadre)
1 500 € / 1 500 €
+21 € (1 521 €)
+252 €
+0,70 %
Le verrou des 91 milliards d'euros de réserves
Cette revalorisation de 1,4 % coûte 1,4 milliard d'euros en année pleine au régime, soit 21 milliards d'euros cumulés sur quinze ans. La dépense est intégralement autofinancée par les cotisations de 28 millions de salariés et de 1,8 million d'entreprises, sans recours à l'État. Au total, la caisse verse chaque année 101 milliards d'euros d'allocations.
Certains syndicats, comme la CGT, pointent toutefois les 91 milliards d'euros de réserves du régime et son excédent annuel de 2025, lui aussi établi à 1,4 milliard d'euros. La direction oppose à une distribution plus large sa « règle d'or (Obligation statutaire imposant à l'Agirc-Arrco de conserver en permanence au moins six mois de versement de pensions en réserve sur quinze ans.) » statutaire. Cette contrainte impose de garder en permanence au moins six mois de pensions d'avance sur un horizon glissant de quinze ans.
Investies dans des entreprises françaises et européennes, ces réserves amortissent le vieillissement démographique. « Même si cette somme ne représente que 2,5 % des 3 500 milliards d’euros de prestations à verser sur quarante ans, elle n’en constitue pas moins un bouclier indispensable », avertit François-Xavier Selleret.
Cotisations et retraite de base en suspens pour 2027
Si la pension des retraités est fixée pour douze mois, un paramètre manque encore pour les actifs : la valeur d'achat du point (Prix d'acquisition d'un point de retraite lors du versement des cotisations, aussi appelé salaire de référence.) en 2027. Ce salaire de référence des cotisants s'établit à 20,1877 € depuis le 1er janvier 2025. L'accord 2024-2026 arrivant à échéance, sa révision dépendra du prochain accord national interprofessionnel 2027-2030, prévu au 1er janvier 2027.
Pour les pensionnés, cette hausse paritaire de 1,4 % contraste avec le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027. Dans ce texte budgétaire, le gouvernement envisage un gel ou une désindexation des retraites de base excédant 1 260 € mensuels. Une telle mesure, chiffrée à 4,1 milliards d'euros d'économies au 1er janvier 2027, pèserait directement sur la pension globale des retraités concernés.
Outils utiles
Simulateur de plan d’épargne retraite — Estimer le complément de revenu qu'un plan d'épargne retraite individuel peut générer en plus des pensions obligatoires.
Simulateur d’impôt sur le revenu — Calculer l'effet d'une revalorisation de votre pension imposable sur le montant de votre impôt sur le revenu.
Pour aller plus loin
Inflation — comprendre les règles et les démarches
L'inflation française accélère à 3,4 % sur un an en octobre 2026 selon l'Insee, au plus haut depuis janvier 2024. Ce rebond est tiré par un bond de 24,1 % de l'énergie. Il active les formules de calcul des retraites de base, du Livret A et de la taxe foncière pour 2027.
La Banque du Japon a maintenu son taux directeur à 1,25 % le 30 octobre 2026, son plus haut niveau depuis 1995. L'institution juge désormais sa cible d'inflation de 2 % atteinte et accélère la réduction de son portefeuille d'actions dès janvier 2027.
La hausse des prix à la consommation atteint 3,4 % sur un an en France en octobre 2026, au plus haut depuis début 2024. La flambée de l'énergie et la tenue des services effacent l'accalmie observée sur l'alimentation et les biens industriels.
TotalEnergies abaisse le prix du diesel à 2,15 € le litre dès ce samedi 31 octobre 2026 dans ses 705 stations Access. Cette baisse découle de la libération par l'État de 10 millions de barils issus des réserves nationales. Les autres stations du groupe et le fioul domestique suivront le 2 novembre.
La prévision pour 2026 place le déficit des régimes de base à 21,8 milliards d'euros, au-dessus de l'objectif voté. Le 23 octobre, l'Assemblée a rejeté le projet pour 2027, gel de certaines pensions compris. Les versements continuent.
Depuis le 1er novembre 2026, l'Union européenne prélève 2 € de frais de traitement par catégorie d'article sur les colis venus de hors UE. Sous 150 €, ces frais s'ajoutent au droit forfaitaire de 3 €. Le redevable est la plateforme ou le vendeur, pas l'acheteur.