Le rendement du Trésor américain à trente ans était de 5,31 % le 17 août. Il était de 5,24 % cinq jours plus tôt. Ce mouvement déprécie les obligations existantes et pèse sur les actions dont les profits sont attendus loin dans le temps.
La courbe du Trésor américain est une série à maturité constante (Taux reconstitué pour une durée standard, ici dix ou trente ans, à partir des prix d'obligations négociées.). Elle est reconstituée chaque jour à partir de cotations acheteuses indicatives relevées vers 15 h 30 à New York. Le 17 août, le rendement à dix ans était de 4,72 %, contre 5,31 % à trente ans.
Ces taux ne sont pas fixés par la Réserve fédérale américaine. Ils reflètent la rémunération exigée par le marché pour prêter à l'État fédéral sur une durée donnée.
L'écart atteint donc 0,59 point de pourcentage. Les deux points sont des repères standardisés qui permettent de comparer des durées, même si aucun titre précis n'a exactement cette durée restante. Le marché réclame ainsi davantage de rémunération pour immobiliser son argent sur trente ans que sur dix ans.
Après un creux à 5,21 % le 13 août, le rendement à trente ans progresse pendant deux séances et atteint 5,31 % le 17 août.LaBanque.org — données : U.S. Department of the TreasurySource
La série affichée compte quatre observations. Le trente ans baisse d'abord de 5,24 % à 5,21 %, puis progresse pendant deux séances jusqu'à son maximum de la séquence.
Le 19 août, le Trésor américain prévoit d'adjuger des obligations (Titres de dette : l'investisseur prête à un émetteur, qui verse des intérêts et rembourse à l'échéance.) à vingt ans, avec un règlement prévu le 31 août. Cette vente donnera une indication ponctuelle de la demande pour la dette longue. Elle ne fixe pas, à elle seule, le niveau des rendements de marché.
Pourquoi obligations et actions reculent
Une obligation verse des intérêts fixés à l'avance. Lorsque le rendement obligataire (Taux de rémunération exigé par le marché pour prêter ; lorsqu'il monte, le prix des obligations déjà émises baisse.) exigé par le marché augmente, les titres déjà émis deviennent moins attrayants. Leur prix baisse alors pour offrir un rendement comparable aux nouvelles obligations.
Le montant des intérêts promis ne change pas. C'est le prix auquel un nouvel investisseur accepte d'acheter le titre qui s'ajuste. Cette relation inverse entre prix et rendement explique la baisse de valeur des portefeuilles obligataires lorsque les taux de marché montent.
Pour les actions (Titres qui représentent une fraction du capital d'une entreprise cotée.), l'effet passe par la valeur des bénéfices futurs. Un taux plus élevé réduit la valeur actuelle des profits attendus dans plusieurs années. Dans ce calcul d'actualisation, l'éloignement des flux compte : la hausse du taux réduit davantage leur valeur présente. Les entreprises dont les résultats sont surtout espérés à long terme sont donc les plus sensibles à ce changement dans les modèles de valorisation.
Ce mouvement américain n'est ni un nouveau taux directeur, ni un barème transmis automatiquement aux crédits immobiliers français. Il renseigne d'abord sur le prix que le marché exige, ce jour-là, pour porter un risque de très longue durée aux États-Unis.
Le pétrole nourrit le risque d'inflation
Le pétrole (Matière première énergétique dont le prix mondial influence les carburants et les résultats des groupes producteurs.) progressait le 18 août, alors que les perspectives d'un accord entre les États-Unis et l'Iran s'affaiblissaient, selon CNBC. Une énergie plus chère peut relever les coûts de transport et de production. Les investisseurs peuvent alors réclamer une rémunération plus élevée afin de se prémunir contre une inflation durable (Hausse générale et durable des prix payés par les ménages.).
L'enjeu tient au pouvoir d'achat des paiements fixes. Si les prix augmentent davantage qu'attendu, les intérêts versés dans le futur ont une valeur réelle moindre. Un investisseur demande donc un rendement nominal plus élevé dès l'achat. Le passage de l'énergie aux taux n'est cependant ni instantané ni automatique.
Le pétrole n'explique toutefois pas seul la tension sur les taux. CNBC rapportait aussi une analyse de Barclays citant le déficit américain, le volume d'émissions de dette et une prime de terme (Supplément de rendement demandé pour prêter longtemps, face aux incertitudes sur l'inflation et les taux futurs.) plus élevée. La prime de terme est le supplément de rendement demandé pour immobiliser son argent longtemps face aux incertitudes sur l'inflation et les taux futurs.
Le niveau du trente ans, supérieur à celui du dix ans, traduit cette rémunération supplémentaire demandée pour le long terme. Il ne permet pas de chiffrer la part exacte de chaque facteur. Ces éléments décrivent une interprétation de marché, pas une cause unique établie.
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