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Approvisionnement en gazole des pays européens — cuves de stockage blanches sur un quai portuaire et navire pétrolier à quai sous un ciel d'automne.
Consommation

Gazole : l'accord du G7 écarte la menace d'un embargo américain

Menacée d'un blocage du diesel américain, l'Europe s'est accordée avec le G7 pour libérer 100 millions de barils de réserves stratégiques. Ce compromis écarte la menace d'un embargo et fait refluer le baril sous les 100 dollars.

Par Éloïse Lefort4 min de lecture
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Un bras de fer éclair entre Washington et Bruxelles

La tension est montée brutalement le vendredi 2 octobre au matin. Confrontée à la hausse des carburants à un mois des élections de mi-mandat, la Maison-Blanche a menacé de couper ses exportations de diesel vers l'Europe. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a sommé les Européens d'ouvrir leurs réserves : « Nos partenaires européens devraient accélérer la mise en œuvre de leurs engagements existants et mettre immédiatement à disposition des volumes supplémentaires afin de remédier aux perturbations actuelles. »

Bruxelles a rejeté cette mise en demeure dans la foulée. Pour la porte-parole de la Commission européenne chargée de l'énergie, Anna-Kaisa Itkonen, « une telle interdiction porterait atteinte à notre confiance dans les États-Unis en tant que partenaire fiable ». La menace américaine visait une vulnérabilité majeure du Vieux Continent. Depuis l'embargo de février 2023 sur les produits russes, l'Union européenne dépend des raffineries américaines pour 50 % de ses importations de gazole.

Une coupure soudaine des navires-citernes aurait provoqué des ruptures d'approvisionnement rapides. Un tel choc aurait immédiatement relancé l'inflation (Hausse globale et durable des prix des biens et services qui entraîne une diminution de la valeur de la monnaie.) sur l'ensemble de la chaîne logistique européenne.

Une libération coordonnée de 100 millions de barils

La crise s'est dénouée quelques heures plus tard lors d'un sommet d'urgence. Réunis en visioconférence à 14h30 sous la présidence d'Emmanuel Macron, les dirigeants du G7 ont validé une solution négociée. Le président français a rappelé l'enjeu : « Les pays du G7 ont un intérêt commun à agir de manière concertée, sans restriction aux exportations. »

Le compromis repose sur une proposition française et prévoit le déblocage de 100 millions de barils sur quatre mois. L'Union européenne s'est engagée à prélever 50 millions de barils de gazole dans ses réserves d'urgence. En complément, les pays membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE (Agence internationale de l'énergie, organisation chargée de coordonner les politiques énergétiques et les réserves de secours entre pays consommateurs.)) injecteront 50 millions de barils de pétrole (Énergie fossile extraite du sous-sol puis raffinée en carburants indispensables aux transports et à l'économie.) brut pour alimenter les raffineries mondiales.

En échange, Washington s'est formellement engagé à ne prendre aucune mesure de restriction d'exportation vers ses partenaires. Une part substantielle des barils sera mise sur le marché dès les 20 premiers jours, d'ici au 22 octobre. Sur les marchés, le cours du pétrole Brent est retombé sous les 100 dollars, s'échangeant entre 99,28 et 99,69 dollars. Le baril de référence américain WTI a reculé de plus de 5 %, autour de 89,20 dollars.

Sécurisation des exportations énergétiques vers l'Europe — tours de distillation et conduits métalliques d'une raffinerie industrielle au crépuscule.
Illustration LaBanque.org — infrastructures de raffinage et unités de traitement des carburants.

Une ponction mesurée dans les réserves stratégiques

L'ouverture des réserves d'urgence reste une mesure exceptionnelle mais très ciblée. Les 50 millions de barils de diesel promis par l'Europe équivalent à environ 7,95 milliards de litres de carburant. Cela représente 159 millions de pleins de 50 litres injectés dans les circuits de distribution.

Ce prélèvement correspond à environ 3 % de la consommation annuelle de gazole des Vingt-Sept. Il mobilise 17 % des stocks d'urgence européens de distillats moyens (Produits issus du raffinage du pétrole brut qui regroupent principalement le gazole, le fioul domestique et le kérosène.), préservant plus de 80 % du coussin de sécurité pour l'hiver.

En France, la sécurité énergétique repose sur un cadre réglementaire strict. Les opérateurs doivent conserver l'équivalent de 29,5 % des volumes mis à la consommation l'année précédente, soit environ 108 jours d'importations nettes. Ces stocks stratégiques pétroliers (Réserves de secours en carburant et pétrole brut obligatoirement conservées par les États pour faire face à une crise majeure d'approvisionnement.) sont supervisés par le Comité professionnel des stocks stratégiques pétroliers (CPSSP) et conservés à plus de 75 % par la SAGESS.

Quel impact attendre à la pompe ?

Les automobilistes ne constateront pas de baisse brutale dès demain matin, mais l'accord neutralise le risque de pénurie et freine la spirale tarifaire. L'engagement américain garantit que les stations-service continueront d'être approvisionnées normalement. La baisse des cours mondiaux sous les 100 dollars offre un répit bienvenu pour le pouvoir d'achat (Capacité d'un foyer à acquérir des biens et services grâce à l'ensemble de ses revenus disponibles après dépenses contraintes.) des conducteurs.

Deux facteurs détermineront la vitesse de répercussion sur les prix affichés au totem. La répartition précise des 50 millions de barils entre chaque État membre doit d'abord être formalisée par les Vingt-Sept. La répercussion dépendra ensuite des marges de raffinage locales et du jeu de la concurrence entre distributeurs. Le déploiement des volumes s'étalera jusqu'au 2 février 2027 pour amortir durablement les tensions hivernales.

Pour aller plus loin

  • Inflation — comprendre les règles et les démarches
  • Pouvoir d'achat — comprendre les règles et les démarches
  • Pétrole — comprendre les règles et les démarches

Sources

Dans le dossier « Inflation »

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