Smic : le gouvernement ouvre la porte à une hausse anticipée
L'exécutif envisage d'avancer la revalorisation annuelle du Smic dès cet automne, sans attendre le 1er janvier 2027. Pour les 2,1 millions de salariés rémunérés au salaire minimum, la piste d'une hausse de 1 % représenterait environ 15 euros nets de plus par mois.
Aucune démarche n'est requise pour les salariés : aucun décret n'a encore été transmis au Conseil d'État ni publié au Journal officiel. Le 24 octobre 2026, le ministre de l'Économie Roland Lescure a toutefois confirmé sur Franceinfo que le calendrier du Smic était en discussion. Cette option fait suite aux concertations menées à Matignon par le Premier ministre Sébastien Lecornu.
L'exécutif accepte d'ouvrir le débat sur la date d'application. « Si l'inflation (Hausse générale et durable des prix à la consommation, qui réduit la valeur réelle de la monnaie.) se poursuit […] évidemment le Smic poursuivra son augmentation. Et sur le calendrier on va évidemment en discuter, ça fait partie des paramètres qu'on doit mettre sur la table avec les partenaires sociaux », a précisé le ministre.
Quel gain sur la fiche de paie et pour qui ?
Une hausse anticipée de 1 % porterait le Smic net d'environ 1 478 € à près de 1 493 € par mois. Ce gain indicatif de 15 € nets concerne un poste à temps plein (35 heures par semaine). Le montant exact dépend de la mutuelle d'entreprise et des retenues conventionnelles.
Depuis le 1er juin 2026, après une indexation de 2,41 %, le Smic horaire brut s'élève à 12,31 € en métropole et outre-mer (hors Mayotte). Pour 35 heures hebdomadaires (151,67 heures par mois), le salaire mensuel brut atteint 1 867,02 €. Une majoration de 1 % porterait ce montant brut à 1 885,69 €, soit 18,67 € bruts de plus par mois.
En chiffres
2,1 millions de salariés du secteur privé non agricole sont payés au Smic selon la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), soit 11,8 % des effectifs (contre 17,3 % lors du pic de 2023).
21,9 % des employés des très petites entreprises (TPE, de 1 à 9 salariés) perçoivent le salaire minimum, contre 9,5 % dans les entreprises de 10 salariés et plus.
59,6 % des bénéficiaires directs sont des femmes, alors qu'elles représentent 45,2 % des effectifs du privé non agricole (et 25,6 % des salariés à temps partiel sont au Smic).
Pourquoi un décret est indispensable avant janvier
Le Code du travail encadre strictement la revalorisation automatique (Indexation légale du Smic sur les prix, obligatoire dès que l'inflation dépasse 2 % en cours d'année ou chaque 1er janvier.) du salaire minimum. Outre l'échéance annuelle du 1er janvier (article L. 3231-6), une hausse intervient en cours d'année si l'inflation dépasse 2 % (article L. 3231-5). Ce calcul repose sur l'indice des prix hors tabac pour les 20 % de ménages aux revenus les plus modestes.
Or, entre avril et septembre 2026, cet indice n'a progressé que de 0,80 % selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Le seuil légal de 2 % reste donc éloigné d'ici la fin de l'année. Pour augmenter le Smic au 1er novembre ou au 1er décembre 2026, Matignon doit impérativement publier un décret en Conseil des ministres.
Deux options restent en discussion au sein de l'exécutif pour soutenir le pouvoir d'achat (Quantité de biens et de services qu'un revenu permet d'acheter, selon l'évolution des salaires et des prix.). Le gouvernement peut simplement avancer de quelques semaines la revalorisation annuelle attendue en janvier 2027. Il peut aussi accorder un coup de pouce supplémentaire au-delà de la formule légale.
Le taux horaire brut du Smic en métropole est passé de 11,27 € en janvier 2023 à 12,31 € en juin 2026 au fil de cinq revalorisations successives (source : Insee).LaBanque.org — données : InseeSource
Entre le 1er janvier 2023 et le 1er juin 2026, les données de l'Insee montrent cinq hausses consécutives sur les cinq intervalles observés. Le taux horaire brut est ainsi passé de 11,27 € début 2023 à 12,31 € en juin 2026.
L'écart entre demandes syndicales et piste étudiée
Cette hypothèse intervient avant la journée de grève intersyndicale du 5 novembre 2026. Pour les organisations reçues à Matignon le 23 octobre 2026, un gain mensuel de 15 € nets reste très en deçà des attentes salariales.
La Confédération française démocratique du travail (CFDT), menée par Marylise Léon, réclame une hausse immédiate de 100 € nets par mois. L'organisation demande aussi une révision accélérée des grilles salariales dans les branches professionnelles. De son côté, la Confédération générale du travail (CGT) réclame un relèvement de 10 %. Sa secrétaire générale, Sophie Binet, demande également l'indexation de tous les salaires sur l'inflation.
Le patronat redoute le cumul avec le budget 2027
Face à ces revendications, les organisations patronales rejettent toute hausse anticipée. Le 23 octobre 2026, le président du Mouvement des entreprises de France (Medef), Patrick Martin, a dénoncé cette piste sur Franceinfo : « Au motif d'acheter, en quelque sorte, la paix sociale dans la rue, on va créer la pagaille dans les entreprises. »
Les employeurs redoutent la conjonction de cette hausse avec le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 (PLFSS 2027). Ce budget, soumis au vote du Parlement d'ici le 31 décembre 2026, prévoit de réduire les allègements généraux de charges (Exonérations dégressives de cotisations patronales accordées sur les salaires compris entre 1 et 1,6 Smic pour abaisser le coût du travail.). Ces exonérations dégressives de cotisations sociales (Prélèvements versés par les employeurs et les salariés sur les salaires pour financer la protection sociale.) patronales concernent aujourd'hui les salaires compris entre 1 et 1,6 Smic.
Cumuler un relèvement du salaire minimum et une baisse des exonérations alourdirait directement la trésorerie des petites structures. Dans une TPE comptant quatre salariés au Smic, une hausse de 1 % représente près de 75 € bruts supplémentaires par mois. Sur un an, la charge salariale directe grimpe de près de 900 € bruts, hors cotisations patronales.
Enfin, augmenter le salaire minimum sans attendre les négociations de branches accentue le phénomène de smicardisation (Tassement de la grille salariale qui rapproche les rémunérations intermédiaires du Smic lorsque celui-ci grimpe plus vite que les minima de branches.). Lorsque le plancher légal progresse plus vite que les grilles conventionnelles, il rattrape les échelons intermédiaires. L'écart de rémunération entre les salariés débutants et les techniciens qualifiés se réduit alors mécaniquement.
Pour aller plus loin
Inflation — comprendre les règles et les démarches
Le taux d'emprunt de la France à dix ans évolue près de 5 %, au plus haut depuis plus de quinze ans. Alors que la Banque centrale européenne se réunit les 28 et 29 octobre, son mécanisme d'aide d'urgence reste soumis à de strictes conditions budgétaires.
Le ministre de l'Économie Roland Lescure envisage de discuter d'une revalorisation anticipée du Smic avant l'échéance habituelle du 1er janvier. Aucune démarche n'est requise pour les 2,1 millions de salariés concernés, dont la paie dépendra d'un éventuel décret en fin d'année.
Un décret publié le 24 octobre 2026 débloque les réserves stratégiques de carburant pour alléger les tarifs à la pompe dès le 1er novembre. Le gouvernement vise un recul de 12 à 18 centimes par litre sur le gazole et le fioul domestique. Les distributeurs ont l'obligation légale de répercuter cette remise.
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