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Débats sur le budget de la Sécurité sociale à l'Assemblée nationale — hémicycle du Palais-Bourbon avec travées en velours rouge, pupitres en acajou et colonnes néoclassiques sous une lumière solennelle.
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Budget de la Sécurité sociale : le rejet efface les amendements

L'Assemblée nationale a rejeté le volet recettes du budget de la Sécurité sociale pour 2027, mettant fin à son examen en première lecture. Ce vote efface tous les amendements adoptés par les députés. Le Sénat examinera dès le 9 novembre la copie initiale du gouvernement, dont le gel partiel des retraites.

Par Éloïse Lefort5 min de lecture
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À retenir

  • La partie recettes a été repoussée par 115 voix contre 1 et 22 abstentions, faute de majorité pour soutenir le texte remanié.
  • Le gouvernement vise un déficit de 12,7 milliards d'euros en 2027, contre 24 milliards d'euros dans la version amendée par les députés.
  • L'article 47-1 de la Constitution (Règle constitutionnelle limitant à 50 jours l'examen du budget de la Sécurité sociale, au-delà desquels le gouvernement peut agir par ordonnance.) fixe un délai global de 50 jours au Parlement, au-delà duquel l'exécutif peut légiférer par ordonnance.

115 voix contre 1 : un rejet massif au Palais-Bourbon

Le scrutin du 23 octobre 2026 a réuni 138 votants sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027. Sur 116 suffrages exprimés, 115 députés ont rejeté la première partie consacrée aux recettes, contre une seule voix favorable. Les 22 élus du camp gouvernemental ont choisi l'abstention.

Pendant quatre jours d'examen dans l'hémicycle, les oppositions avaient pourtant profondément remanié la copie de l'exécutif. Tour à tour, la gauche, le bloc RN-UDR et des élus de la droite républicaine avaient supprimé les hausses de prélèvements prévues. Ils avaient aussi voté un amendement ramenant l'âge de départ à la retraite à 62 ans avec 42 annuités.

Ce remaniement avait alourdi le solde négatif prévisionnel de 11,3 milliards d'euros par rapport à la cible initiale du gouvernement. « L'accumulation des amendements adoptés a défiguré le projet et portait le déficit à 24 milliards d'euros, une impasse budgétaire intenable pour les comptes du pays », a déclaré le ministre de l'Action et des Comptes publics, David Amiel, à l'issue du vote. Privé de cohérence d'ensemble, le texte amendé a finalement été rejeté par ceux-là mêmes qui l'avaient modifié.

Chiffrage du budget de la Sécurité sociale par David Amiel — portrait en buste de l'élu en costume sombre et chemise claire devant des feuillages urbains.
David Amiel, ministre de l'Action et des Comptes publics.B.MODIFICATEUR / CC BY-SA 4.0, via Wikimedia CommonsLicenceSource

Pourquoi le texte initial repart intact au Sénat

La partie « recettes » du PLFSS (Premier volet budgétaire fixant les cotisations et prélèvements de la Sécurité sociale, dont le vote est obligatoire avant d'examiner les dépenses.) fixe le niveau des cotisations sociales (Prélèvements versés par les salariés et les employeurs pour financer la protection sociale (santé, retraite, famille).) et des impôts affectés à la Sécurité sociale. Le règlement de l'Assemblée et le Code de la sécurité sociale imposent son vote préalable pour ouvrir la discussion sur les dépenses. En rejetant ce premier volet, les députés ont stoppé net l'examen du texte sans aborder les prestations.

Ce blocage déclenche le mécanisme prévu par l'article 47-1 de la Constitution. Faute de vote positif sur l'ensemble de la première partie, l'Assemblée nationale est réputée avoir rejeté le texte en première lecture. Toutes les modifications votées durant la semaine tombent aussitôt et deviennent caduques.

Paradoxalement, le vote hostile des oppositions annule leurs propres victoires obtenues quelques heures plus tôt. Le Sénat ne reçoit pas le texte modifié par les députés, mais le texte initial du gouvernement (Version originale déposée par l'exécutif, transmise sans aucun amendement au Sénat lorsque l'Assemblée nationale rejette l'ensemble du volet recettes.) déposé début octobre. Aucun changement de barème ne s'applique dans l'immédiat pour les assurés sociaux, la navette parlementaire se poursuivant.

Quelles mesures reviennent sur la table ?

Les sénateurs réexamineront dès le 9 novembre 2026 l'intégralité des mesures d'économies inscrites dans la copie d'origine. Ce rétablissement concerne à la fois les retraités, les employeurs et les consommateurs à travers plusieurs articles clés.

À l'article 35 du projet gouvernemental figure la désindexation partielle des pensions (Mécanisme limitant la revalorisation des retraites face à l'inflation pour la part des pensions dépassant un plafond déterminé (1 281 € bruts dans le projet).) au-delà d'un seuil de 1 281 € bruts par mois. Pour une pension de 1 400 € bruts mensuels, ce gel partiel freine la revalorisation face à l'inflation au-dessus de 1 281 €. Le retraité voit ainsi son gain de pouvoir d'achat réduit. Supprimée par les députés en début de semaine, cette disposition revient intacte devant le Sénat.

Rapporteur général de la commission des affaires sociales, Thibault Bazin s'y était pourtant opposé. « Les retraités ne doivent pas être la seule variable d'ajustement du redressement des comptes sociaux », avait-il averti. Le texte transmis à la chambre haute rétablit également le resserrement des allègements de cotisations patronales et la surtaxe sur les boissons sucrées. Les députés avaient écarté ces deux mesures lors des votes d'articles avant d'effacer leurs propres arbitrages au scrutin final.

Mesure du PLFSS 2027Sort à l'AssembléeVersion transmise au Sénat
Sous-indexation des retraites dès 1 281 € brutsSupprimée par amendementRétablie (article 35 initial)
Réduction des allègements de cotisations patronalesRefusée en séanceRétablie dans le texte initial
Surtaxe sur les boissons sucréesAbrogée par les députésRétablie dans le texte initial
Retraite à 62 ans et 42 annuitésAdoptée par amendementEffacée par le rejet global

Une trajectoire des comptes sociaux sous contrainte

L'exécutif justifie ces mesures de freinage par la dégradation récente des comptes de la Sécurité sociale et du Fonds de solidarité vieillesse (FSV). Après un creux historique à -39,7 milliards d'euros en 2020 pendant la crise sanitaire, le solde était revenu à -10,8 milliards en 2023. Le déficit s'est ensuite creusé à 15,3 milliards d'euros en 2024, puis 21,6 milliards en 2025. Il est estimé à 21,8 milliards pour 2026.

Budget de la Sécurité sociale : évolution du solde déficitaire de 2020 à 2027, passé de -39,7 milliards d'euros à -10,8 milliards en 2023 avant d'atteindre -21,8 milliards en 2026.
Après un creux en 2020 (-39,7 milliards d'euros) puis un redressement jusqu'en 2023, le solde s'est à nouveau dégradé jusqu'en 2026 avant l'objectif de -12,7 milliards d'euros visé en 2027.LaBanque.org — données : Commission des comptes de la Sécurité sociale et PLFSS 2027Source

Pour 2027, la copie gouvernementale vise à ramener ce déficit à 12,7 milliards d'euros, soit près de 9 milliards d'euros d'effort en un an. Le Sénat dispose d'un délai de 15 jours à compter du 9 novembre pour examiner le texte, soit jusqu'au 24 novembre 2026. Le délai global de 50 jours accordé au Parlement expire ensuite le 30 novembre. Faute d'adoption définitive à cette date, l'exécutif pourra appliquer son budget par ordonnance pour le 1er janvier 2027.

Pour aller plus loin

Sources

Dans le dossier « Sécurité sociale »

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