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Cours du gaz européen et chauffage domestique — chaudière murale moderne, tuyauteries en cuivre et radiateur en fonte sous une fenêtre d'automne.
Consommation

Le cours du gaz européen repasse au-dessus de 100 euros

Le cours de référence du gaz en Europe a atteint 100,30 € le mégawattheure le 28 octobre 2026, une première depuis décembre 2022. En France, 10,5 millions de foyers sont raccordés au réseau. L'effet sur leur facture dépendra directement du contrat choisi, entre offre à prix fixe et tarif indexé.

Par Éloïse Lefort4 min de lecture
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Sur le marché néerlandais Dutch TTF (Marché virtuel d'échange de gaz basé aux Pays-Bas, dont le cours sert de référence pour le marché de gros européen.) (Title Transfer Facility), le contrat pour livraison le mois prochain a touché 100,30 € le mégawattheure (MWh). Cette place boursière oriente les tarifs sur l'ensemble du continent. Ce seuil symbolique n'avait plus été franchi depuis le 15 décembre 2022, après le choc historique de l'été 2022 où les cours dépassaient 300 €.

Un triplement des cours de gros depuis janvier

Entre 2023 et fin 2025, les marchés de l'énergie s'étaient pourtant détendus. Le prix du MWh repassait régulièrement sous les 35 €. L'Europe profitait alors d'arrivages constants de gaz naturel liquéfié (Gaz naturel refroidi à l'état liquide (-161 °C) pour être acheminé par navires méthaniers sans dépendre de gazoducs.) (GNL) américain et de réserves hivernales pleines.

L'année 2026 a rompu cet équilibre sur les marchés de matières premières (Ressources naturelles (énergie, métaux, produits agricoles) échangées sur des marchés de gros avant transformation.). Parti de 34,20 € le MWh en janvier 2026, le cours européen a enchaîné cinq hausses sur les cinq intervalles suivis. Il a atteint 45 € en avril, 54 € en juillet, 62,10 € en août, puis 76,50 € en septembre.

Cours du gaz européen sur le marché néerlandais TTF de janvier au 28 octobre 2026 : hausse continue en cinq étapes, de 34,2 à 100,3 euros par mégawattheure.
Le cours européen du gaz sur le marché TTF a presque triplé entre janvier et fin octobre 2026, passant de 34,2 € à 100,3 € par mégawattheure.LaBanque.org — données : Insee / ICE EndexSource

Cette accélération d'automne découle d'abord du regain de tensions militaires et maritimes autour du détroit d'Ormuz. Environ 20 % des flux mondiaux de GNL empruntent ce passage stratégique, qui concentre l'essentiel des exportations du Qatar. Tout risque sur la circulation des navires méthaniers se répercute aussitôt sur les cotations européennes.

Des réserves européennes en retard avant l'hiver

À cette pression géopolitique s'ajoute un retard dans la constitution des réserves pour l'hiver. Au 28 octobre 2026, le stockage souterrain de gaz (Réserves injectées au printemps et en été dans des formations géologiques pour répondre aux pics de consommation en hiver.) dans l'Union européenne affiche un taux moyen de remplissage de 75 %. Ce niveau reste inférieur de 15 points à l'objectif obligatoire de 90 % fixé au 1er novembre par le règlement européen 2022/1032.

Dès le printemps 2026, des maintenances lourdes en mer du Nord et des quotas de soutirage contraints ont freiné les injections. En parallèle, la forte demande asiatique a capté une large part des cargaisons disponibles au comptant. Avec les premières baisses de température, les acheteurs européens doivent désormais surenchérir face à l'Asie pour attirer les méthaniers.

La France aborde la saison froide avec un remplissage de 85 % sur ses 14 sites souterrains. Ces infrastructures sont gérées principalement par Storengy, filiale d'Engie qui exploite environ trois quarts des capacités nationales, et par Teréga. Cette avance sécurise l'approvisionnement physique du pays, mais l'interconnexion des réseaux aligne les prix français sur le marché continental.

Par ricochet, ce renchérissement pèse aussi sur les prix de gros de l'électricité. Lors des pointes de consommation hivernales, les centrales thermiques au gaz sont souvent les dernières appelées pour équilibrer le réseau. Leur coût de production plus élevé tire alors le prix de l'électricité et alimente l'inflation (Hausse générale et durable des prix des biens et des services, qui réduit la valeur de la monnaie.) énergétique.

Quel impact sur votre facture de gaz ?

La répercussion de cette hausse sur votre pouvoir d'achat (Quantité de biens et de services qu'un revenu permet d'acheter, compte tenu de l'évolution des prix.) dépend directement de la nature de votre contrat. Depuis la fin du tarif réglementé le 1er juillet 2023, les 10,5 millions de ménages raccordés en France relèvent d'offres de marché. Vérifiez d'abord sur votre contrat ou votre dernière facture si le prix du kilowattheure (kWh) est fixe ou indexé.

Les foyers ayant souscrit une offre à prix fixe avant l'été 2026 restent protégés jusqu'à l'échéance de leur contrat. Ces engagements durent généralement un ou deux ans. Durant cette période, le prix hors taxes du gaz fourni demeure bloqué au tarif signé, malgré la hausse des cours européens.

À l'inverse, les titulaires d'un contrat à prix indexé voient leur tarif évoluer selon le rythme prévu par leur offre. Beaucoup de contrats suivent le Prix repère de vente de gaz (Indicateur mensuel non contraignant publié par la CRE pour aider les particuliers à comparer les offres depuis la fin du tarif réglementé.), publié chaque mois à titre indicatif par la Commission de régulation de l'énergie (CRE). En octobre 2026, ce barème moyen atteignait déjà 182,88 € toutes taxes comprises par MWh, soit 131,18 € hors taxes. Il progressait ainsi de 6,3 % en un mois.

« Le prix repère a été conçu pour donner un repère transparent et protecteur aux ménages dans un marché libre où les cours internationaux peuvent connaître une brusque volatilité », rappelle Emmanuelle Wargon, présidente de la CRE.

Exemple

  • Un logement français chauffé au gaz consomme en moyenne 12 000 kWh par an, soit 12 MWh.
  • Une hausse de 10 € hors taxes par MWh sur la part fourniture entraîne un surcoût annuel direct de 120 €.
  • Réparti sur douze mois, cet écart représente 10 € supplémentaires par mois sur la facture du foyer.

Ce surcoût ne frappera toutefois pas les ménages du jour au lendemain. Pour les offres indexées, l'évolution tarifaire dépend de la moyenne mensuelle des cours, et non du seul pic journalier à 100,30 €. La CRE publiera le 15 novembre 2026 son barème de décembre, avec une répercussion sur les factures au 1er décembre.

Pour aller plus loin

Sources

Dans le dossier « Inflation »

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