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Salaires sous le Smic dans les branches professionnelles — bulletin de paie anonyme et calculatrice posés sur l'établi en bois d'un atelier artisanal français.
Consommation

Salaires sous le Smic : Macron appelle 122 branches à négocier

Emmanuel Macron demande aux 122 branches professionnelles dont les grilles démarrent sous le Smic de relancer leurs négociations salariales. Vos employeurs complètent déjà votre paie jusqu'à 1 478 € net, mais ce rattrapage écrase les écarts d'ancienneté en attendant l'arbitrage de novembre.

Par Éloïse Lefort4 min de lecture
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Un appel à négocier plutôt qu'un décret immédiat

Invité du média HugoDécrypte le 28 octobre 2026, Emmanuel Macron a renvoyé la hausse des bas salaires aux négociations sectorielles. Le chef de l'État écarte dans l'immédiat un coup de pouce au Smic (Revalorisation accordée par décret gouvernemental au-delà de la formule d'indexation légale obligatoire liée à l'inflation.) et confie cet arbitrage au Premier ministre Sébastien Lecornu.

« Je pense que la clé elle est plus aujourd'hui sur certaines branches qui ont un niveau de rémunération qui est en dessous du Smic (Salaire minimum interprofessionnel de croissance, plancher légal horaire en dessous duquel aucun salarié ne peut être rémunéré en France.) », a déclaré le président. Selon la Confédération générale du travail (CGT), 122 branches professionnelles comptent au moins un échelon sous le salaire minimum interprofessionnel de croissance (Smic).

L'article L. 2241-10 du Code du travail encadre pourtant ces retards avec des délais stricts. Dès que le Smic dépasse le minimum conventionnel (Plancher de rémunération négocié par branche pour chaque coefficient ou métier, qui s'impose sauf si le Smic légal est supérieur.), les employeurs disposent de 45 jours pour négocier. Sans initiative patronale, la discussion doit s'ouvrir sous 15 jours après la demande d'un syndicat.

Que change une grille sous le Smic sur votre paie ?

Votre rémunération effective ne descend jamais sous le seuil légal, même si votre branche tarde à réviser son barème. En vertu de l'article L. 3231-1 du Code du travail, aucun salarié ne peut percevoir moins de 12,02 € brut de l'heure. Pour un temps plein de 35 heures hebdomadaires, ce plancher garantit 1 823,07 € brut mensuels, soit 1 478 € net.

Lorsque votre salaire de base conventionnel reste inférieur à ce seuil, votre employeur doit obligatoirement combler l'écart. Il verse chaque mois une indemnité différentielle (Complément temporaire versé par l'entreprise pour porter le salaire de base au niveau légal du Smic quand la grille de branche est dépassée.) sur votre fiche de paie pour atteindre 1 823,07 € brut. Vous percevez donc bien le minimum légal, mais votre barème d'origine reste bloqué en attendant un accord sectoriel.

Exemple

  • Dans une convention non révisée, l'échelon 1 débutant fixe 1 750 € brut et l'échelon 2 qualifié 1 800 € brut.
  • L'employeur ajoute un complément de 73,07 € brut au premier salarié et de 23,07 € brut au second.
  • Les deux salariés touchent 1 823,07 € brut sur leur bulletin : l'écart de 50 € brut lié au poste s'efface.

L'écrasement des grilles entre débutants et qualifiés

Cette compensation forfaitaire provoque un tassement des bas de grille, appelé smicardisation (Tassement des rémunérations au niveau du Smic, réduisant les écarts salariaux entre salariés débutants et qualifiés.). Quand le salaire minimum suit l'inflation (Hausse générale et durable des prix à la consommation, qui réduit la valeur réelle de la monnaie.) sans révision des grilles, le plancher légal rattrape les premiers coefficients. Un ouvrier qualifié ou un employé expérimenté gagne alors autant qu'un collègue embauché sans diplôme ni ancienneté.

Selon la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), ce phénomène a culminé en 2023. Sur les cinq points mesurés entre 2021 et 2026, la part de salariés au Smic compte deux hausses puis deux baisses. Elle est montée de 12,0 % en 2021 à 14,5 % en 2022, jusqu'à 17,3 % début 2023 (3,1 millions de personnes).

Salaires au Smic dans les branches du secteur privé de 2021 à 2026 : montée de 12 % à 17,3 % en 2023, puis repli à 11,8 % début 2026.
Part des salariés du secteur privé non agricole rémunérés au niveau du Smic au 1er janvier (en %). Source : Dares.LaBanque.org — données : Dares - Ministère du TravailSource

Les accords de branche ont ensuite ramené cette proportion à 14,6 % début 2024, puis à 11,8 % au 1er janvier 2026. Ce taux représente encore 2,1 millions de salariés du secteur privé non agricole. Relever le Smic par décret sans accord préalable ferait aussitôt repasser des grilles récemment renégociées sous le plancher légal.

Un arbitrage gouvernemental attendu à la mi-novembre

Malgré la priorité donnée aux branches, l'exécutif n'exclut pas un geste pour soutenir le pouvoir d'achat (Quantité de biens et de services qu'un revenu permet d'acheter, après prise en compte de l'évolution des prix.). « Une hausse du Smic fait partie des débats », a reconnu le ministre de l'Économie Roland Lescure le 24 octobre 2026. Au ministère du Travail, Jean-Pierre Farandou a soumis l'hypothèse d'une hausse de 1 %. Un complément de 0,5 à 0,6 point ajouterait 20 € net par mois, portant le Smic net à 1 498 € pour 35 heures.

Les syndicats ont rejeté cette piste de 1 %. La Confédération française démocratique du travail (CFDT) réclame 100 € net de plus par mois, soit près de 6,8 %. La CGT exige une hausse de 10 % et la révision intégrale des classifications professionnelles.

À l'inverse, le Mouvement des entreprises de France (Medef) redoute l'effet combiné d'une hausse salariale et d'un durcissement des cotisations patronales. « Acheter la paix sociale avec une hausse du Smic, ajoutée au renchérissement du coût du travail prévu dans le budget de la Sécu, risque de créer la pagaille dans les entreprises », a averti son président Patrick Martin le 23 octobre 2026.

Les concertations bilatérales reprennent le 2 novembre 2026 au ministère du Travail. L'arbitrage de Sébastien Lecornu est attendu le 15 novembre, avant le rapport des experts le 15 décembre. La revalorisation annuelle automatique entrera ensuite en vigueur le 1er janvier 2027.

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Pour aller plus loin

Sources

Dans le dossier « Inflation »

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Revalorisation anticipée du Smic — bulletin de paie plié, calculatrice de bureau et tasse de café sur une table en bois baignée de lumière matinale.

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Le gouvernement étudie un relèvement anticipé du Smic dès le 1er décembre 2026 au lieu du 1er janvier 2027. Cette hausse d'environ 1,5 % représenterait un gain proche de 22 euros nets par mois à temps plein. Pour les 2,1 millions de salariés concernés, l'application reste suspendue à la parution d'un décret.

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