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Rebond de la croissance allemande tiré par les exportations — péniche chargée de conteneurs sur le Rhin devant un port fluvial et des usines chimiques dans la brume matinale.
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Allemagne : la prévision de croissance relevée à 1,3 % pour 2026

Les principaux instituts économiques allemands relèvent à 1,3 % leur prévision de croissance pour 2026. Ce net rebond s'appuie sur la vigueur des exportations industrielles au premier semestre. L'amélioration reste cependant fragile, freinée par une consommation intérieure atone et des déficits publics croissants.

Par Julien Marchal5 min de lecture
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Après deux années de quasi-stagnation, l'économie allemande retrouve des couleurs plus vite que prévu. Dans leur diagnostic d'automne publié le 24 septembre 2026, les instituts économiques revoient leur scénario. Ils anticipent une progression du PIB réel (Valeur de la production corrigée de la hausse des prix, permettant de mesurer l'évolution effective des volumes produits.) de 1,3 % en 2026, contre 0,6 % attendu au printemps. Ce relèvement de 0,7 point de pourcentage (Unité servant à mesurer la différence arithmétique entre deux pourcentages, à ne pas confondre avec une variation relative.) ramène l'activité au-dessus de son niveau d'avant la crise du gaz de 2022.

Un sursaut tiré par l'industrie exportatrice

Ce sursaut conjoncturel s'explique d'abord par les performances du commerce extérieur et le rebond du secteur manufacturier. Les instituts prévoient une augmentation de 3,7 % en volume des exportations allemandes en 2026, avant un ralentissement à 2,2 % en 2027. Dans le même temps, la valeur ajoutée de l'industrie (Ensemble des activités économiques qui produisent des biens matériels par la transformation de matières premières.) manufacturière devrait progresser de 1,7 % cette année et de 1,6 % l'an prochain. Cette dynamique est soutenue par la demande européenne, les commandes d'armement et l'essor de l'intelligence artificielle.

Les statistiques officielles publiées par l'Office fédéral de la statistique (Destatis (Office fédéral de la statistique en Allemagne, organisme public chargé de mesurer les principaux agrégats économiques nationaux.)) confirment cette dynamique. Au deuxième trimestre 2026, le produit intérieur brut allemand a progressé de 0,3 % par rapport au trimestre précédent, soit 1,0 % sur un an. Les exportations totales ont grimpé de 3,7 % en volume, portées par un bond de 5,0 % des biens. Dans la comptabilité de la révision opérée par les instituts, la vigueur des ventes extérieures contribue à hauteur de 3,7 points d'activité au scénario révisé.

Croissance du PIB réel allemand de 2024 à 2028 : après deux ans de stagnation, le taux grimpe à 1,3 % en 2026 avant de refluer à 0,4 %.
Évolution annuelle du PIB réel allemand entre 2024 et 2028, selon le diagnostic conjoint d'automne 2026.LaBanque.org — données : Gemeinschaftsdiagnose Herbst 2026Source

Le profil retracé par les experts montre deux hausses successives d'activité entre 2024 et 2026. Deux baisses de régime sont ensuite attendues jusqu'en 2028.

Pourquoi cette reprise reste-t-elle fragile ?

Le moteur intérieur allemand ne participe guère à cette reprise. Les instituts n'anticipent qu'une modeste hausse de la consommation privée (La consommation rassemble les achats de biens et services des ménages, du logement à l’alimentation, et les choix de budget qui les accompagnent.) de 0,3 % en 2026, suivie de 0,4 % par an en 2027 et 2028. Dans le calcul des composantes, la faiblesse de l'utilisation intérieure retranche 0,4 point à la révision de 2026. Ce repli illustre la réserve persistante des ménages et des entreprises.

L'investissement privé demeure hésitant face aux coûts de l'énergie et aux incertitudes géopolitiques. Cette faiblesse empêche la diffusion de la croissance économique (Progression sur une période donnée de la production de biens et services d'un pays, généralement mesurée par l'évolution du produit intérieur brut (PIB).). Sur le marché du travail, l'emploi moyen devrait s'établir à 45,676 millions de personnes en 2026, contre 45,878 millions en 2025. Le taux de chômage est attendu à 6,4 % cette année, avant de refluer à 6,2 % en 2027 et 5,8 % en 2028.

Pour Oliver Holtemöller, vice-président de l'Institut de recherche économique de Halle (IWH (Institut de recherche économique de Halle, l'un des cinq grands centres de conjoncture membres du diagnostic conjoint allemand.)) et coordinateur du diagnostic conjoint, ce dynamisme doit être interprété avec prudence. L'économiste rappelle ainsi : « L'économie s'est développée de façon plus robuste qu'attendu. La reprise repose toutefois sur des fondations étroites, car les prix élevés de l'énergie et les problèmes structurels pèsent. »

Des freins immédiats et une facture budgétaire lourde

Le troisième trimestre 2026 illustre immédiatement ces contraintes physiques et sectorielles. Les instituts n'attendent qu'une hausse de 0,1 % du PIB d'un trimestre sur l'autre durant l'été. Ce ralentissement temporaire s'explique par un étiage sévère du Rhin. Le manque d'eau perturbe le fret fluvial et pénalise l'industrie chimique, tandis que les coûts énergétiques augmentent.

L'autre pilier conjoncturel repose sur une politique budgétaire expansive (Stratégie consistant à augmenter les dépenses publiques ou baisser les impôts pour soutenir l'activité, au prix d'un déficit accru.) menée par l'État fédéral, notamment dans la défense et les infrastructures. La consommation publique apporte ainsi 0,5 point à la révision de l'activité. Mais cette relance se traduit par un creusement marqué des finances publiques. Le déficit public (Situation où les dépenses des administrations publiques dépassent leurs recettes au cours d'une année budgétaire.) allemand est projeté à 4,1 % du PIB en 2026, grimpant à 4,3 % en 2027 et 4,7 % en 2028.

Cette impulsion budgétaire s'accompagne d'une inflation (Hausse généralisée et durable des prix des biens et services, qui entraîne une perte de pouvoir d'achat de la monnaie.) encore tenace. Elle est évaluée à 2,8 % en 2026, puis à 3,2 % en 2027, avant de revenir à 2,0 % en 2028. Cette persistance des tensions sur les prix pèse sur le budget des ménages. Elle contribue à maintenir la consommation privée à un niveau très bas.

Un essoufflement déjà programmé pour 2028

L'embellie de 2026 ne préfigure pas un cycle d'expansion durable pour l'Allemagne. Les projections des instituts tablent sur un tassement de la croissance à 1,1 % en 2027, puis à seulement 0,4 % en 2028. Dans le secteur manufacturier, le repli s'annonce encore plus net, avec un recul de 0,1 % de la valeur ajoutée en 2028. Le potentiel de croissance (Rythme d'expansion maximal qu'une économie peut maintenir durablement sans provoquer de surchauffe ni de tension inflationniste.) du pays reste bridé par le vieillissement démographique.

Cette lecture prudente est partagée par d'autres observateurs économiques. L'Institut der deutschen Wirtschaft évalue pour sa part l'expansion allemande à près de 1,2 % en 2026, contre 0,4 % estimé en mai. L'organisme de Cologne attribue une partie du sursaut du premier semestre à un stockage préventif. Cet effet temporaire, lié aux craintes de pénuries, reste par nature sans lendemain.

Le test décisif pour ces prévisions interviendra le 8 octobre 2026, lors de la présentation officielle de la projection d'automne du gouvernement fédéral. Cette publication permettra de comparer les estimations de Berlin avec celles des instituts indépendants.

Pour aller plus loin

  • Consommation — comprendre les règles et les démarches
  • Inflation — comprendre les règles et les démarches

Sources

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