Aller au contenu principal
Carburants demandés par Macron à Bruxelles — station-service française sous tension, camion-citerne raccordé aux cuves pendant que des automobilistes font le plein.
Consommation

Carburants : ce que demande Macron à Bruxelles

Emmanuel Macron demande à Bruxelles d’assouplir plusieurs règles pour augmenter l’offre de carburants. Ces pistes, du rendement des raffineries au B10, restent à l’étude : aucune décision européenne ne s’applique encore à la pompe.

Par Éloïse Lefort4 min de lecture
Partager

À retenir

  • Les flexibilités demandées concernent la production, les normes de carburants et certaines obligations d’importation.
  • Les gains annoncés de 5 % à 20 % et la baisse de consommation de diesel restent des estimations.
  • Aucune décision européenne nouvelle ne s’applique encore aux automobilistes.

La lettre adressée à Ursula von der Leyen est datée du 18 septembre 2026. Emmanuel Macron y demande des marges de manœuvre sur les normes de carburants, le recours aux biocarburants, le gaz et le calendrier de certaines obligations européennes. L’objectif affiché est de sécuriser l’approvisionnement alors que les livraisons des prochaines semaines deviennent plus difficiles à confirmer. Pour les ménages, l’enjeu touche directement le pouvoir d'achat (Ce que le revenu d’un ménage lui permet d’acheter, une fois les prix pris en compte.), mais aucune baisse de prix n’est encore acquise.

Une demande, pas encore une nouvelle règle

Le courrier propose d’assouplir temporairement certaines spécifications de qualité du kérosène et du gazole. Ces normes encadrent la composition des carburants et leur compatibilité avec les moteurs. Selon l’Élysée, cette flexibilité pourrait améliorer de 5 % à 20 % le rendement de certaines raffineries. Le rendement désigne la quantité de produits obtenue à partir du pétrole (Ressource fossile transformée notamment en essence, gazole et kérosène.) brut traité.

Cette fourchette est une estimation attribuée à l’Élysée, et non un résultat déjà mesuré. Elle ne permet donc pas de conclure que les prix baisseraient dans la même proportion. Le gouvernement français indique d’ailleurs que les mécanismes précis restent à instruire. « Les décisions ne sont pas prises », a résumé Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, le 16 septembre.

La France avait déjà pris des mesures sur son territoire. Une hausse de production de 10 % a été autorisée à Port-Jérôme. Des opérations de maintenance ont été décalées dans d’autres installations de raffinage (Transformation du pétrole brut en produits utilisables, notamment essence, gazole et kérosène.), notamment à Gonfreville. La demande adressée à Bruxelles cherche à étendre ces marges à l’échelle européenne.

Le B10 peut-il vraiment augmenter l’offre de gazole ?

Une autre piste consiste à augmenter la part de biocarburant dans le gazole. Le B7 (Gazole pouvant contenir jusqu’à 7 % d’EMAG, une famille de biocarburants.) peut contenir jusqu’à 7 % d’EMAG, une famille de biocarburants. Le B10 (Gazole pouvant contenir jusqu’à 10 % d’EMAG ; sa compatibilité dépend du véhicule.) peut en contenir jusqu’à 10 %. L’Élysée estime qu’un passage du B7 au B10 pourrait réduire de 3 % la consommation de diesel.

Ce changement ne concernerait pas tous les véhicules. La Commission européenne rappelle que les limites de mélange servent notamment à préserver la compatibilité des moteurs. En France, l’étiquette B10 à la pompe signale un carburant dont l’usage doit être vérifié dans la documentation du véhicule ou auprès du constructeur. Une autorisation européenne ne suffirait pas à rendre ce carburant adapté à chaque voiture.

Le gain attendu porte par ailleurs sur la consommation globale de diesel, pas sur une baisse automatique du prix affiché à la station. Il dépendrait de l’homologation des constructeurs, de la disponibilité du mélange et de sa mise en œuvre effective.

Pourquoi le règlement méthane entre dans le dossier

La lettre demande aussi un report d’un an du calendrier du règlement européen sur le méthane. À partir du 1er janvier 2027, les importateurs devront démontrer que le pétrole, le gaz ou le charbon concernés ont été produits dans une juridiction appliquant des dispositifs équivalents de surveillance, déclaration et vérification (Obligation de mesurer, documenter et faire vérifier certaines émissions de méthane importées.).

Cette obligation ne modifie pas directement la composition du carburant vendu à la pompe. Elle concerne la traçabilité des émissions liées aux importations de pétrole, de gaz et de charbon. Paris la présente néanmoins comme un facteur de souplesse possible pour la chaîne d’approvisionnement dans une période de tension.

Le lien avec les automobilistes est donc indirect. Le dossier européen mélange des mesures susceptibles d’agir sur la capacité de production et d’autres qui touchent surtout les conditions d’importation. Leur effet concret dépendra des décisions prises par la Commission et les États membres.

Des ruptures déjà visibles dans les stations

La demande intervient alors que les difficultés ne sont pas seulement théoriques. Le 21 septembre à 9 heures, 16 % des stations-service suivies par l’État étaient en difficulté sur au moins un carburant, contre 17 % le 20 septembre et 13 % le 19 septembre.

Cet indicateur ne signifie pas que 16 % des stations étaient totalement à sec. Une station entre dans le décompte dès qu’un type de carburant, essence ou gazole, y manque. Il mesure donc des tensions locales de réapprovisionnement pour les conducteurs concernés. Il ne décrit pas une rupture générale dans tout le pays.

La prochaine étape est européenne. Au 22 septembre, la France attend encore une réponse sur les flexibilités demandées. Le 1er janvier 2027 est le calendrier prévu pour l’obligation sur les importations de combustibles fossiles, sauf si le report d’un an demandé par Emmanuel Macron est accepté.

Pour aller plus loin

Sources

Dans le dossier « Consommation »

Tout voir →
Baisse des carburants — station-service française contemporaine, pompes essence et gazole, deux voitures espacées et ravitaillement dans une lumière de fin de journée.

Carburants : 407 millions de recettes fiscales en moins

Les livraisons de carburants ont reculé de 30 % entre le 11 et le 20 septembre, par rapport aux dix premiers jours du mois. Ce décrochage ponctuel s'ajoute à une baisse annuelle : depuis février, les recettes fiscales liées aux carburants sont inférieures de 407 millions d'euros à celles de la même période de 2025.

Macron et les enjeux pétroliers — terminal pétrolier et navires-citernes dans une voie maritime stratégique du golfe Persique, image éditoriale.

Pétrole : Macron et Trump évoquent des pistes à Ormuz

Après leur rencontre à New York, Emmanuel Macron et Donald Trump ont évoqué plusieurs pistes pour rouvrir le détroit d’Ormuz et protéger des infrastructures pétrolières saoudiennes. La France importe environ la moitié du diesel qu’elle consomme ; les annonces n’ont encore produit ni accord ni calendrier.

Recul des commandes sur les plateformes comme Temu — ligne de tri automatisée et paquets compacts sur un convoyeur industriel dans un entrepôt, logo officiel en incrustation.

Petits colis : la taxe de 3 euros fait chuter les ventes de Temu

Depuis le 1er juillet 2026, l'Union européenne taxe les petits colis de moins de 150 euros. Ce droit forfaitaire de 3 euros par catégorie d'articles fait bondir les prix finaux. En France, les commandes s'effondrent sur les plateformes chinoises comme Temu et AliExpress.

Sur le même thème

Tout voir →
Carburants et coût des CEE — pompe moderne en service dans une station-service française, pistolet engagé dans le réservoir d’une voiture particulière.

Carburants : pourquoi le coût des CEE fait débat

Le débat sur les certificats d’économies d’énergie oppose une estimation de 15 à 17 centimes par litre aux références officielles disponibles. La sixième période du dispositif, ouverte en 2026, a aussi abaissé le seuil d’assujettissement des vendeurs de carburants.

Aide carburant reconduite pour trois mois — station-service française, voiture particulière et pistolet engagé dans le réservoir sous une lumière de journée.

L’aide carburant de 100 € est reconduite pour trois mois

L’indemnité carburant des « grands rouleurs » est reconduite du 1er octobre au 31 décembre 2026. Le montant reste de 100 € au total, mais son équivalent moyen passe de 20 à 40 centimes par litre. Les anciens bénéficiaires seront servis automatiquement ; les nouveaux doivent vérifier leur éligibilité puis utiliser le formulaire des impôts.

TotalEnergies lance le projet gazier d’Ima au Nigeria — plateforme offshore unique reliée par un gazoduc visible à une usine de liquéfaction sur la côte de Bonny.

TotalEnergies lance le projet gazier d’Ima au Nigeria

TotalEnergies et AMNI ont pris la décision finale d’investissement pour développer le champ gazier d’Ima, au large du Nigeria. Le projet doit alimenter l’extension de Nigeria LNG à partir de 2028 ; son coût est annoncé à 800 millions de dollars par la présidence nigériane, sans montant dans le communiqué du groupe.