Hausse du Smic : la grève relance le débat sur les bas salaires
Salariés, retraités et lycéens manifestent ce 5 novembre à l'appel de l'intersyndicale pour exiger une hausse des salaires et du Smic. Au-delà du montant du salaire minimum, le blocage tient à l'écrasement des grilles de branche et au barème des cotisations patronales.
Un écart marqué sur le montant de la revalorisation
L'appel intersyndical de ce 5 novembre 2026 réunit six organisations, dont la Confédération générale du travail (CGT) et la Confédération française démocratique du travail (CFDT). Force ouvrière (FO), l'Union nationale des syndicats autonomes (UNSA), la Fédération syndicale unitaire (FSU) et Solidaires rejoignent aussi le mouvement. Les cortèges défilent à Paris et en province pour peser sur le budget. Le salaire minimum interprofessionnel de croissance (Smic) se trouve au cœur des revendications.
Le salaire minimum a augmenté de 2,41 % le 1er juin 2026. Cette revalorisation automatique répondait à une hausse des prix supérieure à 2 % pour les ménages modestes. Depuis cette date, le Smic horaire brut s'établit à 12,31 €. Sur une base de 35 heures hebdomadaires (151,67 heures par mois), la rémunération mensuelle atteint 1 867,02 € brut, soit environ 1 477,93 € net.
Pour soutenir le pouvoir d'achat (Quantité de biens et de services qu'un revenu permet d'acheter, après prise en compte de l'évolution des prix.), Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, réclame 100 € net de plus par mois. Cette revalorisation forfaitaire viserait le Smic et les bas salaires. Les syndicats réclament un coup de pouce (Revalorisation discrétionnaire décidée par le gouvernement en complément de la formule automatique d'indexation du Smic sur les prix.) gouvernemental au-delà de la seule formule légale.
De son côté, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, écarte l'hypothèse d'une hausse limitée à 0,6 %. « Quand on voit l'explosion du coût de la vie, ce n'est pas 0,6 % sur le Smic qui va répondre aux attentes. On n'est pas là pour une opération pièces jaunes », a-t-elle déclaré ce 5 novembre sur LCI.
Qui est concerné par le tassement des grilles ?
Au 1er juin 2026, 11,8 % des salariés du secteur privé non agricole sont rémunérés au niveau du Smic, soit environ 2,1 millions d'actifs. Ce chiffre émane de la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares). Ce niveau a reflué depuis le pic historique de 17,3 % atteint début 2023. Une part importante des salariés reste toutefois concentrée entre 1 et 1,5 Smic, alimentant la smicardisation (Concentration croissante des salariés au niveau du Smic ou juste au-dessus, réduisant l'écart de rémunération avec les postes plus qualifiés.).
Cette concentration touche particulièrement certains profils sur le marché de l'emploi. Les femmes représentent près de 60 % des bénéficiaires des revalorisations du salaire minimum dans le secteur privé. La durée de travail pèse tout autant sur cette répartition. Plus de 25 % des salariés à temps partiel perçoivent le Smic, contre moins de 10 % à temps plein.
Sur trois ans, l'indexation automatique sur l'inflation (Hausse générale et durable des prix à la consommation, qui réduit la valeur réelle de la monnaie.) a fait progresser le Smic mensuel brut à quatre reprises consécutives sur quatre intervalles. Parti de 1 747,20 € en mai 2023, il est passé à 1 766,92 € en janvier 2024. Une revalorisation anticipée de 2 % l'a ensuite porté à 1 801,80 € (11,88 € de l'heure) au 1er novembre 2024.
Maintenu à ce niveau en 2025, le montant mensuel brut a atteint 1 823,03 € (12,02 € de l'heure) au 1er janvier 2026. Il a finalement été porté à 1 867,02 € lors de l'échéance anticipée du 1er juin 2026.
Progression du Smic mensuel brut sur la base légale de 35 heures hebdomadaires entre mai 2023 et juin 2026.LaBanque.org — données : Ministère du Travail et de l'EmploiSource
Des classifications rattrapées par l'inflation
Si ce mécanisme protège les plus basses rémunérations contre la hausse des prix, il écrase chaque grille de branche (Barème de salaires minimaux négocié par convention collective professionnelle fixant la rémunération plancher pour chaque échelon.) du secteur privé. Lorsqu'une revalorisation du Smic dépasse les premiers échelons d'une convention collective, les employeurs doivent aligner les salaires concernés sur le minimum légal. Des ouvriers et employés qualifiés se retrouvent alors rémunérés au même niveau que des salariés débutants sans qualification.
La loi impose pourtant aux partenaires sociaux de se réunir sous 45 jours dès que les minimas conventionnels passent sous le Smic. En pratique, la lenteur des négociations salariales retarde le relèvement des premiers coefficients. La CFDT conditionne d'ailleurs sa revendication de hausse à l'ouverture de négociations dans les branches professionnelles pour rebâtir les écarts de rémunération.
Le frein des cotisations jusqu'à 1,6 Smic
Le blocage des rémunérations tient aussi au barème des allègements de charges (Exonérations dégressives de cotisations patronales jusqu'à 1,6 Smic qui réduisent le coût de l'emploi peu qualifié mais freinent les augmentations.) patronales. Ces exonérations de cotisations sociales (Prélèvements versés par les employeurs et les salariés sur les rémunérations pour financer la protection sociale.) sont maximales lorsque le salarié est payé au Smic, puis diminuent progressivement jusqu'à s'éteindre à 1,6 Smic. Dès qu'un employeur augmente un salarié au-dessus du plancher légal, il perd une partie de ces exonérations. Ce mécanisme alourdit le coût réel de la hausse et crée une trappe à bas salaires.
Exemple
Pour un salarié à temps plein rémunéré au Smic (environ 1 478 € net par mois), l'impact financier varie selon le scénario retenu :
Revalorisation minimale de 0,6 % : le gain représente près de 9 € net par mois.
Hausse forfaitaire de 100 € net (revendication de la CFDT) : la rémunération passe à 1 578 € net, soit une progression de 6,8 %.
Augmentation de 100 € brut au-dessus du Smic : le surcoût employeur dépasse 180 € avec la perte progressive des exonérations patronales.
Face à la pression syndicale, Patrick Martin, président du Mouvement des entreprises de France (Medef), refuse toute hausse accélérée du salaire minimum. Il redoute de « créer la pagaille dans les entreprises ». Selon lui, « on ne peut pas acheter la paix sociale dans la rue en augmentant le Smic ».
La révision des exonérations patronales se joue désormais au Parlement dans le budget de la Sécurité sociale (PLFSS 2027). Le groupe d'experts sur le Smic remettra son rapport le 5 décembre 2026, avant la revalorisation légale du 1er janvier 2027.
Pour aller plus loin
Inflation — comprendre les règles et les démarches
Le 5 novembre 2026, la Confédération française démocratique du travail (CFDT) réclame 100 euros nets de plus par mois sur le Smic. Formulée en pleine journée de grève, cette hausse immédiate de 7,0 % viserait les salariés au plancher légal et les bas salaires du public.
Le gouvernement maintient sa prévision de déficit public à 5,4 % du PIB dans le projet de loi de finances de fin de gestion pour 2026, soit 166 milliards d'euros. Ce niveau dépasse de 12 milliards d'euros l'objectif voté en début d'année. Le Haut Conseil des finances publiques juge déjà ce seuil fragilisé.
Le gouvernement prépare une hausse du plafond du Livret A entre 25 000 et 30 000 euros au 1er février 2027. Seuls les 8,7 millions d'épargnants ayant déjà saturé leur compte à 22 950 euros pourront effectuer de nouveaux versements. L'exécutif veut ainsi financer la rénovation des collèges et des lycées.
Dans son avis rendu public le 4 novembre 2026, le Haut Conseil des finances publiques juge que 0,5 % de croissance n'est plus une prévision centrale. Une prévision de 0,3 % lui paraît plus vraisemblable. Le déficit public glisserait de 5,4 % à 5,5 % du PIB sous le seul effet des intérêts indexés.
Le déblocage des réserves stratégiques ramène le prix moyen du gazole à 2,28 € le litre ce 2 novembre. Ce recul de 10 centimes en trois jours concerne déjà une station-service sur deux en France. La remise atteint jusqu'à 21 centimes dans la grande distribution, mais tarde chez les indépendants.
L'Assemblée nationale a repoussé par 458 voix contre zéro la première partie du projet de budget de l'État pour 2027. Ce rejet efface tous les amendements votés en séance et renvoie au Sénat la copie initiale du gouvernement.