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Déficit public et budget de l'État — bâtiment du ministère de l'Économie et des Finances à Bercy au crépuscule sur les quais de la Seine.
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Déficit public 2026 : le gouvernement maintient sa cible à 5,4 %

Le gouvernement maintient sa prévision de déficit public à 5,4 % du PIB dans le projet de loi de finances de fin de gestion pour 2026, soit 166 milliards d'euros. Ce niveau dépasse de 12 milliards d'euros l'objectif voté en début d'année. Le Haut Conseil des finances publiques juge déjà ce seuil fragilisé.

Par Éloïse Lefort6 min de lecture
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À retenir

  • La charge de la dette (Montant annuel des seuls intérêts payés par les administrations publiques pour rémunérer leurs créanciers, hors remboursement du capital.) grimpe à 81,3 milliards d'euros en 2026, soit près de 8 milliards d'euros de plus que prévu.
  • Pour financer 3,7 milliards d'euros d'urgences sans creuser le solde, l'État annule 3,8 milliards d'euros de crédits ministériels.
  • La dette publique (Ensemble des emprunts contractés par l'État, la Sécurité sociale et les collectivités locales pour financer leurs déficits cumulés.) atteint 119,4 % du PIB fin 2026, en hausse de 3,7 points sur un an.

Présenté en Conseil des ministres le 4 novembre 2026, le projet de loi de finances de fin de gestion (Loi budgétaire d'automne qui clôt les comptes de l'année et ajuste les crédits des ministères sans pouvoir créer d'impôt.) (PLFG) clôt les comptes annuels. Défendu par Roland Lescure à l'Économie et David Amiel aux Comptes publics, ce texte fixe le solde de l'État à −135,5 milliards d'euros. Cette loi technique ajuste les crédits des ministères sans créer d'impôt, et affiche un déficit public global de −5,44 % du PIB.

Un écart de 12 milliards d'euros sur la cible initiale

Cette stabilité apparente par rapport au cadrage de fin septembre masque un net dérapage sur l'exercice. La loi de finances initiale pour 2026 visait en effet un déficit ramené à 5,0 % du produit intérieur brut (PIB). Cet objectif prolongeait l'accalmie de 2025, où le déficit s'était replié à 5,1 % (152,5 milliards d'euros).

Le recul de 0,4 point de PIB acté cet automne creuse le découvert public d'environ 12 milliards d'euros supplémentaires. Ce dépassement excède à lui seul le budget annuel du ministère de la Justice. Rapporté à la population française, un déficit de 166,0 milliards d'euros représente environ 2 400 € d'endettement supplémentaire par habitant en 2026.

Déficit public de la France de 2020 à 2026 : après le pic de 9,0 % du PIB en 2020 et le creux de 4,7 % en 2022, le solde reste supérieur à 5 % et remonte à 5,4 % en 2026.
Solde des administrations publiques en pourcentage du PIB entre 2020 et 2026 (comptes nationaux Insee jusqu'en 2025, prévision PLFG pour 2026).LaBanque.org — données : Insee / HCFPSource

Entre 2020 et 2026, le solde des administrations publiques alterne trois baisses et trois hausses sur six intervalles annuels. Après le pic de 9,0 % du PIB en 2020, le déficit est descendu jusqu'à un point bas de 4,7 % en 2022.

Il est ensuite remonté à 5,4 % en 2023 puis à 5,8 % en 2024 (169,1 milliards d'euros), avant le repli de 2025. La rechute de 2026 alourdit la dette publique, qui passe de 115,6 % du PIB fin 2025 à 119,4 % fin 2026.

Pourquoi le déficit repart-il à la hausse ?

Deux mouvements contraires percutent simultanément le budget 2026 : l'activité économique ralentit et le coût des emprunts publics s'envole. Selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), le PIB français a reculé de 0,1 % au troisième trimestre 2026. Ce repli succède à une baisse de 0,2 % au premier trimestre et à une stagnation (0,0 %) au deuxième trimestre.

Cette panne de croissance prive les administrations publiques de 4,8 milliards d'euros de recettes fiscales nettes par rapport aux prévisions initiales. Sur le seul budget général de l'État, la perte nette de recettes inscrite au texte atteint 0,6 milliard d'euros.

Parallèlement, la hausse des taux d'intérêt (Pourcentage rémunérant un prêt ou un emprunt obligataire sur une période donnée.) et l'inflation (Hausse générale et durable des prix à la consommation, qui réduit le pouvoir d'achat de la monnaie.) alourdissent la charge de la dette versée aux créanciers obligataires. Pour l'État, ces intérêts augmentent de 3,5 milliards d'euros, dégradant son solde initial de −134,6 milliards d'euros. Sur l'ensemble des administrations publiques, la facture d'intérêts atteint 81,3 milliards d'euros en 2026. Environ un euro sur cinq de recettes fiscales nettes sert désormais au seul paiement de ces intérêts.

Poste budgétaire 2026Montant ou écartPérimètre
Déficit public prévisionnel−166,0 Md€ (5,4 % du PIB)Administrations publiques
Charge totale des intérêts81,3 Md€ (+8 Md€ sur la LFI)Administrations publiques
Recettes fiscales nettes−4,8 Md€ (−0,6 Md€ pour l'État)Administrations publiques
Dépenses pilotées de l'État501,9 Md€ (−1,0 Md€ sur la LFI)Budget de l'État
Ajustements de fin d'année−3,8 Md€ annulés / +3,7 Md€ ouvertsBudget de l'État

Des coupes dans les ministères pour payer les urgences

Pour limiter la dérive du solde, le gouvernement met en avant la maîtrise des dépenses pilotées de l'État. Leur exécution ressort à 501,9 milliards d'euros contre 502,9 milliards prévus initialement, soit 1,0 milliard d'euros d'économie. Pour financer les imprévus sans alourdir le solde, Bercy recourt aux annulations et ouvertures de crédits.

Le texte annule ainsi 3,8 milliards d'euros de crédits de paiement pour financer 3,7 milliards d'euros de dépenses urgentes. Ces crédits ouverts couvrent les opérations militaires au Proche-Orient et l'aide énergétique aux transporteurs routiers et aux pêcheurs. Ils financent aussi les prestations sociales et l'hébergement d'urgence jusqu'au 31 décembre 2026.

En contrepartie, les dotations d'investissement local perdent 206 millions d'euros en autorisations d'engagement et 14 millions d'euros en crédits de paiement. Malgré ces arbitrages, l'exécutif prévoit en 2026 un dépassement du plafond d'évolution des dépenses nettes fixé par les règles européennes.

Un parcours parlementaire sous tension dès novembre

Cet atterrissage budgétaire suscite de vives critiques. La commission des finances examinera le texte le 9 novembre 2026, avant la séance publique le 16 novembre. Dans son avis du 4 novembre, le Haut Conseil des finances publiques (HCFP) conteste la prévision officielle d'une croissance annuelle à 0,5 %. « La publication le 30 octobre de la première estimation de la croissance au troisième trimestre (−0,1 %) rend à présent cette prévision difficilement atteignable. Une prévision de croissance de 0,3 % serait plus vraisemblable », souligne l'organisme indépendant.

L'institution relève aussi une sous-estimation d'environ 0,7 milliard d'euros sur les OATi (Obligations assimilables du Trésor indexées sur l'inflation, dont le capital et les intérêts augmentent avec la hausse des prix.) (obligations d'État dont les intérêts suivent l'inflation). « En prenant simplement en compte le surcroît prévisible d'intérêts sur les titres indexés, la prévision actualisée passerait mécaniquement à −5,5 points de PIB », prévient le Haut Conseil.

Lors de l'audition ministérielle du 4 novembre, le rapporteur général du budget Charles de Courson a vivement contesté la cible gouvernementale. « Pourquoi vous maintenez à 5,4 % le déficit public, alors qu'on est déjà parti à 5,5, 5,6, voire 5,7 % ? », a-t-il lancé aux ministres. Roland Lescure a répliqué : « On n'a aujourd'hui aucune raison de revoir notre prévision de 5,4 % au vu des informations dont on dispose. »

Bercy mise désormais sur le dernier acompte d'impôt sur les sociétés et sur la TVA de décembre pour maintenir sa cible. Le chiffrage définitif des comptes nationaux sera certifié par l'Insee le 26 mars 2027.

Pour aller plus loin

Sources

Dans le dossier « Dette publique »

Tout voir →
Déficit budgétaire et finances publiques examinés à l'Assemblée nationale — pupitres d'acajou en arc de cercle, dossiers parlementaires reliés et micros col-de-cygne dans la salle de commission.

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Présenté le 4 novembre 2026 en Conseil des ministres, le projet de fin de gestion acte un déficit public de 5,4 % du PIB. Ce résultat s'écarte de la cible initiale de 5,0 %. Pour financer les urgences de fin d'exercice sans alourdir la facture, l'État annule 3,8 milliards d'euros de crédits afin d'en redéployer 3,7 milliards.

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