Le FMI recalcule l’extrême pauvreté : près de 23 millions en plus
Dans un échantillon de 62 pays, le taux d’extrême pauvreté en 2024 est supérieur de 0,8 point avec les paniers de dépenses du FMI. Le calcul fondé sur l’inflation agrégée donne un résultat inférieur. L’écart représente près de 23 millions de personnes sous le seuil, sans constituer un recensement mondial de nouveaux pauvres.
Les prix essentiels restent durablement plus élevés
Le FMI parle de crise du coût de la vie lorsque les prix des biens essentiels augmentent brutalement. Cette hausse dépasse celle des autres biens et des salaires nominaux.
Le périmètre couvre l’alimentation, le transport et le logement, y compris l’électricité, le gaz et les autres combustibles. Trois ans après le début d’un épisode, les prix des biens essentiels se situent encore au-dessus de ceux des autres biens et services. L’écart moyen atteint 7 %.
Les salaires réels, corrigés de la hausse des prix, accusent encore un retard d’environ 3 % sur leur trajectoire pré-crise. Sur 85 économies observées entre 2005 et 2025, 75 ont connu au moins une crise.
Dans l’ensemble étudié, 46 % des économies ont connu au moins deux crises. Chiara Maggi, co-responsable du chapitre, résume l’enjeu. Selon elle, ces crises « affectent la stabilité des prix, réduisent le niveau de vie et aggravent les inégalités » (traduction).
Pourquoi les ménages modestes subissent davantage
Le mécanisme passe par le panier de dépenses. Le FMI calcule une inflation (Hausse générale des prix, qui réduit ce qu’un même revenu permet d’acheter.) propre à chaque groupe de revenu, au lieu d’appliquer un panier moyen à toute la population.
Dans l’économie avancée médiane, les biens essentiels représentent environ 50 % de la consommation des ménages aisés et 70 % de celle des ménages modestes. Dans le pays en développement à faible revenu médian, ces parts atteignent respectivement 70 % et 80 %.
Quand l’alimentation, l’énergie ou le logement renchérissent, les ménages modestes ont donc moins de dépenses faciles à reporter ou à remplacer. Entre 2021 et 2024, l’écart d’inflation cumulée atteint 1,6 point dans l’économie avancée médiane. Il compare les 20 % les moins aisés aux 20 % les plus aisés.
Il atteint 3,2 points dans l’économie émergente médiane. Il monte à 4,5 points dans le pays en développement à faible revenu médian.
Le FMI introduit cette inflation différenciée dans son recalcul de la pauvreté. L’étude couvre 37 économies émergentes et 25 pays en développement à faible revenu.
Elle remplace l’indice agrégé, fondé sur le panier moyen, par des indices adaptés aux groupes de revenu. En 2024, le taux d’extrême pauvreté ajusté est supérieur de 0,8 point à celui obtenu avec l’inflation agrégée.
Dans cet échantillon de 62 pays, l’écart de mesure représente près de 23 millions de personnes sous le seuil de l’extrême pauvreté. Il compare deux méthodes : ce n’est ni un recensement mondial de personnes nouvellement pauvres ni une mesure de l’effet isolé de l’inflation.
Le choc persiste après le ralentissement des prix
Un ralentissement de l’inflation ne fait pas revenir les prix à leur niveau antérieur. Les anticipations d’inflation — les hausses de prix attendues — demeurent au-dessus de leur niveau pré-crise.
Quatre trimestres après le début d’une crise, les anticipations d’inflation à un an sont en moyenne supérieures de 2,7 points dans les économies avancées. L’écart atteint 5,3 points dans les économies émergentes et en développement.
Trois ans après, les anticipations d’inflation à cinq ans dépassent encore de 0,3 point leur niveau pré-crise dans les économies avancées. L’écart atteint 1,1 point dans les économies émergentes et en développement.
Pour les banques centrales, cette persistance complique la lecture du choc. Une hausse temporaire des matières premières peut se dissiper, mais des anticipations durables peuvent influencer les salaires et les prix.
Le pouvoir d’achat (Quantité de biens et services qu’un revenu permet d’acheter.) peut donc rester sous pression même après le ralentissement de l’inflation.
Quelles aides protègent le mieux les ménages ?
Le FMI recommande des transferts temporaires et ciblés pour protéger le pouvoir d’achat des ménages vulnérables. Cette aide laisse les prix jouer leur rôle de signal, contrairement à une compression généralisée.
À protection comparable, les mesures qui compriment les prix peuvent mobiliser de 3 à 22 fois plus de ressources fiscales que ces transferts. Le ratio dépend du pays, du choc et de l’instrument.
Les plafonds de prix, les baisses générales de taxes et les subventions peuvent réduire la facture pour tous. Leur coût budgétaire peut toutefois être beaucoup plus lourd.
Le choix budgétaire oppose donc le soutien aux ménages exposés à la préservation des ressources publiques. L’étude déplace ainsi le regard du seul taux d’inflation vers le niveau des prix et la composition des paniers.
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