Retraites : l'IPP chiffre le rendement réel des pistes de Bercy
Pour boucler le budget 2027, l'Institut des politiques publiques a chiffré ce 28 septembre les pistes ciblant les retraités. Le gel des pensions rapporterait 5,2 milliards d'euros nets après pertes fiscales. La fin de l'abattement de 10 % dégagerait 5,4 milliards en épargnant les ménages modestes.
Le projet de loi de finances pour 2027 vise un redressement massif. L'effort budgétaire atteint au moins 54 milliards d'euros pour freiner un déficit public proche de 5,9 % du PIB. Face à cette trajectoire, le Premier ministre Sébastien Lecornu cherche des économies rapides.
Les pensions de retraite (Revenu régulier versé à un assuré ayant cessé son activité professionnelle et validé les conditions requises.) constituent le premier poste de dépenses du pays. Plus de 350 milliards d'euros sont versés chaque année à 17 millions de pensionnés. Cette masse financière représente à elle seule un quart des dépenses publiques françaises.
Parmi les options sur la table, le gel des pensions de base apparaît comme le levier le plus intuitif. L'inflation prévisionnelle retenue pour 2026 s'élève à 2,5 %. Dans ce cadre, la désindexation des pensions (Revalorisation inférieure à l'inflation, réduisant le pouvoir d'achat réel des retraites au fil des hausses de prix.) dégagerait 6,6 milliards d'euros d'économies brutes pour les régimes généraux.
Des économies brutes rognées par les effets induits
Ce montant brut ne reflète pourtant pas la réalité des caisses publiques. L'Institut des politiques publiques (IPP) a publié sa note n° 129 ce 28 septembre 2026. L'organisme démontre que le rendement net retombe en réalité à 5,2 milliards d'euros pour les finances publiques (Ensemble des budgets, ressources et dépenses de l'État, des régimes de sécurité sociale et des collectivités locales.).
Un écart de 1,4 milliard d'euros s'évapore ainsi sous le jeu des effets de second tour (Impacts fiscaux et sociaux indirects d'une mesure réduisant automatiquement son gain budgétaire final.). La baisse des pensions brutes rogne directement les rentrées fiscales. L'impôt sur le revenu (Impôt direct progressif perçu chaque année sur l'ensemble des revenus des personnes physiques d'un foyer fiscal.) et les prélèvements sociaux diminuent d'autant.
Les dépenses de solidarité augmentent aussi automatiquement. Davantage de foyers modestes deviennent éligibles à l'allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa) ou aux aides personnalisées au logement (APL).
La fin de l'abattement de 10 %, un levier plus ciblé
L'exécutif étudie également un levier fiscal : la suppression de l'abattement de 10 % (Déduction forfaitaire appliquée aux pensions déclarées pour calculer l'impôt sur le revenu, plafonnée à 4 439 €.) appliqué sur les pensions déclarées. Plafonnée à 4 439 euros par foyer fiscal, cette déduction forfaitaire automatique réduit aujourd'hui l'assiette imposable des retraités.
Selon les calculs de l'IPP, sa suppression intégrale générerait un gain net de 5,4 milliards d'euros par an pour l'État. Ce rendement dépasse celui du gel des pensions, souvent perçu comme un simple ajustement technique. La mesure rapporterait 5,0 milliards d'euros d'impôt sur le revenu supplémentaires. Elle dégagerait aussi 400 millions d'euros d'économies sur les aides sociales par ricochet.
Ce mécanisme épargne totalement les 50 % de retraités non imposables. En contrepartie, il concentre l'effort sur les ménages imposés dans les tranches marginales de 30 %, 41 % ou 45 %.
Exemple
Pour un foyer déclarant 25 000 € de pensions annuelles, la fin de l'abattement de 10 % réintégrerait 2 500 € dans le revenu imposable. Avec une tranche marginale à 30 %, le surcoût d'impôt sur le revenu atteindrait 750 € par an.
Une telle mesure exige néanmoins une vigilance sur le revenu fiscal de référence. Cette hausse du revenu de référence peut franchir des seuils légaux. Elle risque d'amputer des droits connexes, comme les exonérations locales ou le barème du logement.
Qui serait réellement concerné ?
L'impact dépend entièrement de la formule choisie. Un gel indifférencié frapperait 17 millions de pensionnés. À l'inverse, un levier fiscal n'affecterait que la moitié imposable des retraités. Le ministre de l'Économie Roland Lescure l'a rappelé le 21 septembre 2026 : « la moitié des retraités vont faire un effort ». Cette orientation officielle écarte l'hypothèse d'un coup de rabot aveugle.
Un gel généralisé des pensions de base pèserait plus lourdement sur les ménages modestes. Pour ces derniers, la retraite de base représente la quasi-totalité des ressources mensuelles. La perte de pouvoir d'achat (Quantité de biens et de services qu'un ménage peut acquérir grâce à l'ensemble de ses revenus disponibles.) y est immédiate et directe.
En revanche, les retraités aisés perçoivent une part prépondérante de régimes complémentaires comme l'Agirc-Arrco et tirent profit de revenus du patrimoine. Or, ces ressources échappent intégralement au gel légal des pensions de base.
Le troisième levier chiffré par l'étude concerne la CSG (Contribution sociale généralisée prélevée sur les pensions selon des taux de 0 %, 3,8 %, 6,6 % ou 8,3 %.). L'alignement des taux réduits de 6,6 % et 8,3 % sur les 9,2 % des salariés rapporterait 4,2 milliards d'euros nets. Les ménages exonérés ou au taux de 3,8 % restent protégés, mais les classes moyennes assument l'effort. Limiter cette hausse au seul taux plein de 8,3 % réduirait le gain net à 1,5 milliard d'euros.
Le dilemme budgétaire des seuils d'exonération
Pour concilier rendement financier et justice sociale, l'exécutif envisage d'assortir le gel des pensions d'un seuil protecteur pour les petits montants. Les simulations de l'IPP révèlent toutefois une chute rapide des gains budgétaires dès lors qu'un plancher est instauré.
Fixer ce seuil à la pension médiane (Niveau de retraite divisant les pensionnés en deux moitiés égales, situé à 1 639 € par mois dans l'étude.), établie à 1 639 euros par mois, protège la moitié des bénéficiaires. Le gain net descend alors à 3,7 milliards d'euros.
Rendement budgétaire net du gel des pensions de base selon le seuil mensuel d'exonération retenu, en milliards d'euros (source : IPP).LaBanque.org — données : Institut des politiques publiques (IPP)Source
La baisse se poursuit sur les trois intervalles étudiés. Relever ce plancher à 2 000 euros par mois ramène le gain net à 2,8 milliards d'euros. Cette franchise divise presque par deux le rendement budgétaire initial.
Enfin, réserver l'effort aux retraités percevant plus de 3 000 euros par mois fait s'effondrer l'économie nette à 1,2 milliard d'euros. Le projet de loi de finances sera présenté en Conseil des ministres le 1er octobre 2026. L'arbitrage final sur ce seuil fixera le niveau des pensions privées de revalorisation dès le 1er janvier 2027.
Outils utiles
Simulateur d’impôt sur le revenu — Permet d'évaluer son barème d'imposition et de mesurer l'impact fiscal d'une modification des abattements sur les pensions.
Le prix repère de vente du gaz augmente en moyenne de 6,3 % au 1er octobre 2026 sous l'effet des cours de gros estivaux. Cette revalorisation concerne principalement les contrats à offre indexée, avec un surcoût moyen estimé à 5,28 € sur la prochaine facture.
Pour trouver 9 milliards d'euros de recettes sans augmenter les taux d'imposition en 2027, le gouvernement prévoit de raboter plusieurs dérogations fiscales et sociales. Les retraités aisés, les indemnités d'arrêts maladie et les allègements patronaux supporteront l'essentiel de cet effort.
Au deuxième trimestre 2026, le salaire mensuel de base dans le secteur privé a progressé de 2,0 % sur un an. Cette évolution dépasse la hausse des prix fixée à 1,7 %. Selon la Dares, ce regain procure un gain net de pouvoir d'achat de 0,2 % en euros constants.
Le gouvernement souhaite relever la taxe sur les grandes infrastructures de transport de 4,6 % à 12,2 % dans le projet de budget 2027. Cette proposition vise 800 millions d'euros de recettes supplémentaires pour l'État, sans autoriser de hausse automatique du prix des péages pour les automobilistes.
Depuis fin février 2026, les taxes sur le gazole ont augmenté de 12,2 centimes par litre en France, atteignant 1,005 euro. Cette hausse ne provient pas d'un nouvel impôt, mais de la TVA mécanique sur un carburant plus cher.
La Direction générale des finances publiques prélève le solde d'impôt sur le revenu à partir de ce vendredi 25 septembre 2026. L'opération concerne 13,8 millions de foyers pour un montant moyen de 1 798 euros. Le paiement s'effectue en une fois ou en quatre mensualités selon la somme due.