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Cures thermales en France — bassin intérieur d'eau minérale fumante, rampes en inox et baies vitrées ouvrant sur un parc arboré.
Assurance

Cures thermales : l'État veut transférer le coût aux mutuelles

Le gouvernement prévoit de transférer 200 millions d'euros de dépenses de cures thermales vers les complémentaires santé dans le budget 2027. Ce projet d'économies cherche à freiner le déficit public. Il risque pourtant de laisser un reste à charge direct pour près de 468 000 curistes.

Par Paul Vidal4 min de lecture
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Une coupe budgétaire de 200 millions d'euros

Présenté le 8 octobre 2026 par la ministre de la Santé Stéphanie Rist devant la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam), le projet de budget pour 2027 formalise ce désengagement. L'État entend rayer 200 millions d'euros de dépenses annuelles pour confier la prise en charge aux organismes complémentaires. La disposition s'inscrit dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS).

Cette coupe s'inscrit dans un transfert global de 700 millions d'euros vers les complémentaires santé, dont 500 millions d'euros de dépenses hospitalières. L'exécutif cherche à contenir le déficit de l'Assurance maladie sous les 8 milliards d'euros en 2027, contre 14 milliards tendanciels.

La ministre a justifié ce choix : « Sans projet de loi de financement de la Sécurité sociale, le déficit passerait à 14 milliards en 2027, nous visons un peu moins de 8 milliards d'euros grâce au texte qui vous est présenté aujourd'hui. » Consulté le même jour, le conseil de la Cnam a rejeté ce budget par 31 voix contre, deux abstentions et deux prises d'acte.

Le piège juridique de l'article R. 871-2

L'Assurance maladie rembourse aujourd'hui 18 jours de soins thermaux prescrits selon deux barèmes. Le forfait thermal (Tarif conventionné couvrant l'ensemble des soins d'hydrothérapie dispensés sur 18 jours, remboursé à 65 % par l'Assurance maladie.) bénéficie d'une prise en charge à 65 % sur le tarif conventionnel. Les consultations de surveillance médicale sont remboursées à 70 %.

Le reste des dépenses forme le ticket modérateur (Part des dépenses de santé conventionnées restant à la charge de l'assuré après le remboursement de l'Assurance maladie obligatoire.) et les suppléments d'établissement. Mais le transfert vers les organismes privés se heurte à un obstacle légal. Le cahier des charges du contrat responsable (Complémentaire santé conforme à des obligations légales de couverture en échange d'avantages fiscaux, mais dispensée d'inclure les cures.) encadre la majorité des formules. Or l'article R. 871-2 du Code de la sécurité sociale dispense expressément ces contrats d'assurance santé (Couverture complémentaire prenant en charge tout ou partie des dépenses médicales non remboursées par le régime général de base.) de rembourser le thermalisme.

Les mutuelles n'ont donc aucune obligation légale de financer ces soins. Sans nouvelle règle, le retrait public ne garantit aucun relais privé. Le coût risque de basculer intégralement sur les curistes.

Attention

Les contrats de mutuelle calculés en pourcentage du tarif conventionnel ne verseront plus rien si l'Assurance maladie supprime sa base. Sans forfait en euros, l'assuré assume la totalité des frais.

Prise en charge des cures de rhumatologie — cabine individuelle d'hydrothérapie avec baignoire à jets, rampes de maintien et serviette pliée.
Une cure thermale conventionnée comprend 18 jours de soins dispensés selon un protocole médical strict.

Combien ça coûte pour le curiste ?

Pour une cure de 18 jours en rhumatologie, la facture globale des soins atteint 829,41 euros en 2026. L'Assurance maladie rembourse aujourd'hui 476,04 euros, laissant 353,37 euros à la charge du patient ou de sa mutuelle.

Sans prise en charge publique ni compensation privée, le reste à payer s'élèverait à 829,41 euros. Ce retrait représente un surcoût direct de 476,04 euros par personne. Pour un couple de curistes, la dépense supplémentaire atteindrait 952,08 euros sur les seuls soins.

Poste de soin en rhumatologieCoût totalRemboursement SécuReste à charge sans Sécu
Forfait thermal (18 jours)641,90 €417,24 € (65 %)641,90 €
Surveillance médicale84,00 €58,80 € (70 %)84,00 €
Supplément d'établissement103,51 €0,00 €103,51 €
Total des soins829,41 €476,04 €829,41 €

Le Conseil national des établissements thermaux (CNETh) a recensé 467 874 curistes conventionnés en 2025. L'économie de 200 millions d'euros représente environ 427 euros par curiste. Cette charge s'ajouterait aux frais d'hébergement et de déplacement, déjà non couverts.

Vers une hausse des cotisations de mutuelle

Si les complémentaires santé acceptent d'absorber ces dépenses, le coût ne disparaîtra pas. L'intégration des 200 millions d'euros du thermalisme et des 500 millions d'euros hospitaliers provoquera une hausse des cotisations. Les organismes répercuteront ces 700 millions d'euros de charges sur l'ensemble des adhérents.

Cette perspective pèserait sur le pouvoir d'achat des retraités, majoritaires parmi les curistes. Ces assurés paient déjà des cotisations élevées en raison de leur âge. Une dérive tarifaire risquerait d'entraîner des renoncements aux soins ou aux garanties complémentaires.

Les professionnels de santé soulignent aussi un risque de surcoût médical pour la collectivité. Privés de cure, certains patients consomment davantage d'antalgiques et d'anti-inflammatoires. La hausse des arrêts de travail ou des infiltrations pourrait réduire l'économie de 200 millions d'euros espérée.

Une bataille politique ouverte au Parlement

Le texte entame son parcours législatif dès le lundi 12 octobre 2026 en commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale. Les débats en séance publique s'ouvriront à la fin du mois d'octobre.

Cette étape réveille le précédent de l'automne 2025. Lors du précédent budget, une tentative d'abaisser le remboursement à 15 % avait été repoussée sous la pression des parlementaires et des stations thermales. Les élus avaient protégé l'économie locale et l'accès aux soins.

L'exécutif doit encore clarifier son calendrier d'application, entre amendement direct au projet de loi ou modification ultérieure par décret.

Pour aller plus loin

Sources

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