Budget 2027 : Moody's alerte sur le blocage politique français
L'agence de notation Moody's estime que l'adoption du budget de l'État pour 2027 est compromise par les divisions de l'Assemblée nationale. Elle prévient que le futur président affrontera la même impasse, tandis que la charge de la dette publique s'envole vers 91 milliards d'euros.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a présenté le budget de l'État (Acte législatif annuel prévoyant et autorisant l'ensemble des recettes et des dépenses de l'État français.) pour 2027 le 1er octobre 2026. Dès le lendemain, Moody's a jugé son adoption « loin d'être acquise » en raison des divisions parlementaires. Pour ramener le déficit public de 5,4 % à 5,0 % du PIB, l'exécutif prévoit 54 milliards d'euros d'efforts. Ce plan compte 43 milliards d'euros de mesures nouvelles, financées aux deux tiers par des économies budgétaires.
L'avertissement dépasse l'exercice budgétaire immédiat. Moody's anticipe que le président élu au printemps 2027 fera face à la même impasse politique, faute de majorité absolue. Pour stabiliser la dette publique (Ensemble des emprunts contractés par l'État et les administrations publiques pour financer leurs déficits cumulés.) autour de 120 % du PIB, la France devrait équilibrer son déficit primaire (Solde budgétaire des administrations publiques avant prise en compte du paiement des intérêts de la dette.), qui atteint près de 3 %. Selon le gouvernement, le ratio d'endettement atteindrait sinon 121,7 % du PIB fin 2027, contre 119,3 % fin 2026.
La hausse des taux d'intérêt alourdit la dette
L'incertitude politique se répercute directement sur les marchés financiers. Début octobre 2026, le rendement de l'OAT (Obligation assimilable du Trésor, emprunt à long terme émis par l'État français sur les marchés financiers.) française à dix ans est monté à 4,92 %, son sommet depuis 2002. L'écart face au Bund allemand a dépassé les 100 points de base, atteignant 114 points. Ce surcoût d'emprunt alimente un effet boule de neige (Mécanisme financier où des taux d'intérêt supérieurs à la croissance économique augmentent mécaniquement la dette publique.) : des taux d'intérêt (Rémunération exigée par un prêteur pour mettre des fonds à disposition d'un emprunteur, exprimée en pourcentage annuel.) élevés augmentent mécaniquement le poids de la dette publique.
Évolution de la charge annuelle des intérêts de la dette publique française entre 2024 et 2030, en milliards d'euros. Sources : Insee, ministère de l'Économie, Moody's.LaBanque.org — données : Insee / Ministère de l'Économie / Moody'sSource
Le coût des emprunts passés et actuels accélère brutalement. Après 79,2 milliards d'euros en 2026, la charge annuelle des intérêts atteindra 91,2 milliards d'euros en 2027. Ce poste budgétaire devient la première dépense de l'État, devant l'enseignement scolaire et la défense. Selon Moody's, la facture annuelle franchira même 120 milliards d'euros en 2030.
La situation budgétaire complique l'échéance du 23 octobre 2026. Moody's doit alors réexaminer la note souveraine de la France, actuellement fixée à Aa3 avec une perspective négative (Signal d'une agence de notation indiquant une probabilité élevée de dégradation de la note souveraine d'un pays.).
Au lendemain du projet de budget 2027, l'agence Moody's juge son adoption très incertaine face aux divisions politiques. Alors que la dette atteint 119 % du PIB, la tension sur les taux menace de renchérir les emprunts de l'État.
Le TEC10 français a atteint 4,903 % le 1er octobre, tandis que le rendement de l'emprunt français à dix ans a brièvement grimpé à 4,9629 %. Cette tension renchérit progressivement le financement de l'État, qui prévoit 340 milliards d'euros d'émissions à moyen et long terme en 2027.
Le CAC 40 reprend 0,35 % au matin du 2 octobre, après sa baisse de la veille. Mais les taux français restent proches de leurs sommets récents, alors que le budget 2027 doit encore franchir les étapes parlementaires.
Réunis en urgence le 2 octobre 2026, les pays du G7 vont libérer 100 millions de barils de brut et de diesel. Cette opération sur quatre mois vise à freiner les prix à la pompe. En France, le litre de gazole a culminé fin septembre au niveau record de 2,39 €.
Menacée d'un blocage du diesel américain, l'Europe s'est accordée avec le G7 pour libérer 100 millions de barils de réserves stratégiques. Ce compromis écarte la menace d'un embargo et fait refluer le baril sous les 100 dollars.
Le ministre des Comptes publics David Amiel propose de porter l'indice minimum de traitement des agents publics à 372 au 1er janvier 2027. Cette mesure administrative fera sortir 400 000 agents du rattrapage sous le Smic, sans toutefois faire grimper leur salaire net mensuel.