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Prêt garanti pour le programme nucléaire — structures de génie civil et grues sur la falaise côtière de Penly face à la mer de la Manche.
Épargne

L'État garantirait jusqu'à 60 milliards adossés au Livret A

Le projet de loi de finances pour 2027 autorise l'État à garantir un prêt du Fonds d'épargne, jusqu'à 60 milliards d'euros, pour six réacteurs nucléaires. Les livrets ne seraient ni prélevés, ni gelés. Le budget public prendrait l'écart entre le taux dû au fonds et celui payé par EDF.

Par Claire Vasseur5 min de lecture
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Une garantie jusqu'en 2090

L'article 69 du projet de loi de finances pour 2027 autorise une garantie gratuite de l'État jusqu'au 31 décembre 2090. Le texte, déposé le 1er octobre 2026, n'est pas adopté. Le ministre chargé de l'économie pourrait couvrir le principal, les intérêts et les accessoires d'emprunts d'une filiale d'EDF auprès du Fonds d'épargne (Poche de la Caisse des dépôts qui reçoit une part des livrets réglementés et la prête sur longue durée, d'abord au logement social.). Seuls les contrats conclus avant le 31 décembre 2028 entreraient dans ce cadre.

Ce prêt financerait 60 % du devis de six réacteurs EPR2 (Réacteur nucléaire de forte puissance. Six unités sont prévues, par paires, à Penly, Gravelines et au Bugey.), par paires, à Penly, Gravelines et au Bugey. Le principal serait plafonné à 60 milliards d'euros, en six tranches. Chaque tranche serait amortie sur 35 ans au plus. Le différé durerait quatre ans au plus, à compter de la mise en service ou d'une date butoir.

Le 12 mars 2026, le Conseil de politique nucléaire a retenu ce schéma sur le chantier de Penly. EDF s'est engagé sur un coût de construction de 72,8 milliards d'euros aux prix de 2020. Rapporté à cette cible, 60 % font 43,7 milliards d'euros de 2020. Ce montant est inférieur au plafond de 60 milliards d'euros courants, qui laisse une marge pour l'inflation et les aléas.

La décision d'investissement d'EDF est visée avant la fin 2026. La première mise en service est attendue d'ici 2038.

Mon Livret A est-il prélevé ?

Non. Ce projet ne modifie ni le taux du Livret A (Livret d'épargne réglementé dont le taux et le plafond sont fixés par l'État, et dont l'argent reste disponible.), ni son plafond, ni la possibilité de retirer son épargne.

Les banques reversent déjà une part des livrets réglementés au Fonds d'épargne. La Caisse des dépôts en fait des prêts de longue durée, d'abord pour le logement social. Le financement des réacteurs s'ajouterait à ces prêts.

La garantie intégrale couvre un défaut de la filiale. L'État paierait alors la Caisse des dépôts, et non l'épargnant.

L'État règle la différence de taux

Le Fonds d'épargne serait rémunéré au taux du Livret A majoré d'un point. Ce niveau couvre la rémunération des livrets et la marge du fonds. La filiale paierait 0 % pendant la construction, puis 3 % en exploitation. Chaque année, l'État verse ou encaisse l'écart.

Pendant le chantier, le budget paie la totalité du taux variable. En exploitation, l'État est payeur net si le taux d'intérêt du Livret A dépasse 2 %. Il est receveur net si le Livret A reste sous ce seuil.

Exemple

La presse indique un Livret A à 1,7 % depuis le 1er août 2026. Le fonds serait rémunéré à 2,7 %. Pendant le chantier, l'État verserait ce taux. En exploitation, les 3 % de la filiale laisseraient 0,3 point au budget.

L'exposé des motifs donne quatre scénarios d'intérêts au taux variable. Ce cumul n'est pas la facture nette de l'État : les 3 % payés par la filiale en exploitation n'en sont pas déduits. Ces intérêts ne sont pas plafonnés, à la différence du principal.

HypothèseIntérêts au taux variable
Livret A à 1,5 %44,2 milliards d'euros
Livret A à 2 %, mises en service de 2038 à 204353,6 milliards d'euros
Livret A à 3 %70,7 milliards d'euros
Livret A à 3 % et sept ans de retard89 milliards d'euros

Le logement social, autre emploi du fonds

Le 7 juillet 2026, Olivier Sichel a été auditionné par les commissions des finances et des affaires économiques. Le directeur général de la Caisse des dépôts a déclaré : « Le financement du programme nucléaire ne se fera en aucun cas au détriment du logement social. » Il situe les versements à 4 ou 5 milliards d'euros par an, pendant une douzaine d'années.

Emploi des fonds du Livret A — chantier de logements sociaux avec grues de levage et immeubles résidentiels en gros œuvre sous un ciel d'automne.
Le logement social reste l'autre grand emploi du Fonds d'épargne, qui reçoit une part des livrets.

Les prêts occupent près de la moitié des emplois du Fonds d'épargne, et pourraient aller jusqu'à 66 %. Le logement social représente 45 % du bilan du fonds. Selon Olivier Sichel, les simulations, y compris les plus pessimistes sur la collecte, n'aboutissent pas à un rationnement des bailleurs.

En 2025, la Banque des territoires (Activité de prêts de la Caisse des dépôts, notamment vers le logement social et la politique de la ville.) a accordé 41,7 milliards d'euros de nouveaux prêts, en hausse de 46 % sur 2024. Le logement social et la politique de la ville en ont représenté 23 milliards. Les versements annuels prévus pour les réacteurs restent très inférieurs à ce flux de prêts.

Depuis janvier 2026, l'épargne réglementée est en décollecte nette de 5,72 milliards d'euros : les retraits dépassent les dépôts. La Caisse des dépôts en anticipe environ 8 milliards sur l'année. Les collectes avaient atteint 26 à 28 milliards en 2020, en 2022 et en 2023.

Un retrait demandé avant le vote

Le 2 novembre 2026, un collectif a demandé le retrait du dispositif. Il réunit des élus de gauche, Attac, France Nature Environnement, Sud PTT et l'union CGT du groupe Caisse des dépôts. Les organisateurs avancent environ 150 signataires.

Maxime Laisney, député de La France insoumise, a parlé d'un « chèque en blanc exorbitant ». Pour Dominique Plihon, d'Attac, « Ceci mérite un débat et ce débat n'a pas lieu. »

Le sénateur communiste Fabien Gay, présent, est favorable aux six réacteurs. Il conteste leur financement par l'épargne réglementée.

Maxime Laisney a indiqué que l'article 69 serait examiné le 4 novembre en commission des finances. En mars 2026, le Conseil de politique nucléaire a visé la finalisation des discussions avec la Commission européenne avant la fin 2026. Le 7 juillet 2026, la décision de la Commission autorisant ces prêts était encore attendue.

Pour aller plus loin

Sources

Dans le dossier « Livret A »

Tout voir →
Plafond du livret A et épargne bancaire — guichetier comptant des billets en euros sur un comptoir en bois clair près d'un carnet de dépôt ouvert.

Le plafond du Livret A montera entre 25 000 et 30 000 euros

Le plafond du Livret A, figé à 22 950 euros depuis 2013, doit être relevé le 1er février 2027. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé une fourchette de 25 000 à 30 000 euros, pas un montant arrêté. Le supplément de versement ne joue qu'au-delà du plafond actuel.

Prêt du Livret A pour le programme nucléaire — centrale industrielle sur le littoral de la Manche sous un ciel couvert de novembre.

La gauche conteste un prêt nucléaire adossé au Livret A

Le 2 novembre, des élus de gauche, des associations et des syndicats ont demandé le retrait d'un article du budget 2027. Il autoriserait un prêt du Fonds d'épargne, alimenté par le Livret A, pour six réacteurs. Le capital garanti serait plafonné à 60 milliards d'euros, pas les intérêts.

Bénéfices records des banques françaises — façades de tours contemporaines en verre et acier à La Défense sous la lumière de l'aube.

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