Livret A : les banques s'opposent au plafond à 30 000 euros
La Fédération bancaire française rejette fermement le projet de porter le plafond du Livret A de 22 950 à 30 000 euros. Proposée pour financer la transition climatique, cette mesure profiterait avant tout aux ménages les plus aisés selon les établissements financiers.
Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, propose de porter le plafond du Livret A (Compte d'épargne réglementé dont les fonds restent disponibles, garantis par l'État et totalement exonérés d'impôt et de prélèvements sociaux.) de 22 950 euros à 30 000 euros. Cette hausse vise à financer l'adaptation au changement climatique. Pour Olivier Gavalda, président de la Fédération bancaire française (FBF), l'initiative constitue une « très mauvaise idée ». Le secteur bancaire dénonce un dispositif inefficace pour l'épargne (Part des revenus qui n'est pas consommée immédiatement et conservée sur des comptes ou placements pour financer des projets futurs.) populaire et coûteux pour les contribuables.
Un avantage réservé aux ménages les plus aisés
Cette contestation s'appuie d'abord sur la sociologie des détenteurs. Selon les données de la Banque de France, seuls 15 % des livrets atteignent le plafond réglementaire en vigueur depuis 2013. Ces contrats concentrent pourtant déjà près de la moitié de l'encours global, établi à 444,2 milliards d'euros fin août 2026. Relever ce seuil légal avantagerait donc principalement les foyers disposant déjà d'importantes liquidités.
Exemple
Un titulaire au plafond actuel de 22 950 euros pourrait déposer 7 050 euros de plus. Au taux en vigueur de 1,70 %, ce versement générerait 119,85 euros d'intérêts annuels nets supplémentaires.
Le risque d'une facture fiscale accrue
Les banques alertent également sur les conséquences pour le budget de l'État. Le Livret A bénéficie d'une fiscalité (Ensemble des règles relatives aux impôts, taxes et prélèvements sociaux appliqués aux revenus, au patrimoine et aux produits financiers.) avantageuse avec une exonération totale d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux. Selon le Cercle de l'épargne, relever le plafond pourrait drainer 10 milliards d'euros vers le Fonds d'épargne géré par la Caisse des Dépôts. Ce transfert alourdirait la dépense fiscale (Manque à gagner pour le budget de l'État causé par une exonération d'impôt ou un avantage consenti sur un produit d'épargne.), car ces gains échapperaient aux taxes pesant sur les placements classiques.
Les réseaux bancaires craignent aussi d'immobiliser ces capitaux sur des supports très liquides et garantis. Ces sommes feraient alors défaut au financement de long terme des entreprises. Pour l'heure, cette piste ministérielle n'a fait l'objet d'aucun arbitrage formel à Matignon ni à Bercy.
Outils utiles
Comparateur de livrets d’épargne — Permet de comparer les plafonds et les conditions des différents livrets d'épargne réglementés.
Calculatrice d’épargne simple — Permet de calculer les intérêts annuels générés selon le capital placé et le taux en vigueur.
Alors que le Livret A plafonne à 1,70 % net, l'obligation d'État française à dix ans a culminé à 4,90 % début octobre 2026. Mais après application de la flat tax de 31,4 %, son rendement réel s'établit à 3,36 % et suppose de conserver le titre jusqu'à maturité.
La commission des finances de l'Assemblée nationale a voté le relèvement du plafond du Livret A à 30 000 euros. Ce surplus de 7 050 euros profiterait aux ménages ayant déjà saturé leur compte, mais son adoption définitive reste très incertaine.
Dans une note thématique, la Cour des comptes préconise de soumettre à l'impôt les intérêts générés au-delà du plafond du Livret A. Cette piste cible les 15 % de comptes gonflés par les gains passés, sans toucher aux versements sous le seuil légal.
Le projet de loi de finances pour 2027 indexe le barème de l'impôt sur l'inflation et ouvre un guichet temporaire pour les dons familiaux. En contrepartie, le texte rabote l'abattement des retraités aisés et durcit la fiscalité de certains revenus de remplacement.
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